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Parce que nous sommes attachés à l'esprit de la Charte d'Amiens de 1906 qui fonda les bases du syndicalisme révolutionnaire, parce que nous nous opposons à la dérive réformiste de notre confédération depuis les années 1970 et que nous condamnons la déviance contre-révolutionnaire de notre CGT depuis la fin des années 90, nous avons fait le choix de ne pas mettre en lien le site de la confédération ainsi que celui de l'UD de la Creuse qui ont pris le chemin d'un syndicalisme bureaucratique et élitiste.

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 14:08

Nous reproduisons un article de Gérard Filoche extrait de son blog sur les classes moyennes et qui fait écho à un article précédent sur "le mythe des classes moyennes" que nous avons diffusé.

UPAC

Il n’y a pas de classe moyenne ni « des » classes moyennes, ni « des » classes populaires… deux camps sociaux et politiques gauche/droite

Nous reproduisons un article paru dans le numéro de janvier de la revue Démocratie & Socialisme. Sans cesse, cette question théorique revient à l’ordre du jour : pour analyser les élections, pourquoi il n’y a pas de « centre », ou pour discuter des impôts… ou encore débattre des rapports de force sociaux, car, après tout, si le salariat est fort, 93 % des actifs, la France est plus facilement de gauche… (une question qui a son importance quand la gauche, pour la première fois de l’histoire, a fait le grand chelem et dirige tout, l’Elysée, les DEUX assemblées, 20 régions sur 22, 61 dpts sur 100, 2 villes sur 3…)

 

SALARIES, SI VOUS SAVIEZ….

 

Il est intéressant d’écouter dans l’immense buzz médiatique toutes les imprécisions de vocabulaire de celles et ceux, qui parlent en permanence et à tort et à travers « des classes moyennes ». Parfois ils parlent aussi de « couches » moyennes. Ce n’est pas très nouveau, en fait : Marx était à peine mort que toutes les théories voyaient proliférer une énorme « nouvelle petite bourgeoisie » (sic) de fonctionnaires, d’employés, de cadres, d’ingénieurs, de techniciens et de nouvelles professions libérales au sein d’un secteur « tertiaire » hypertrophié qu’elles rejetaient du prolétariat puisqu’elles réduisaient celui-ci aux seuls ouvriers. Mais ces bonimenteurs sont totalement incapables de vous les décrire aujourd’hui et de vous dire de quoi il s’agit. Pourquoi ? Parce qu’elles n’existent pas. Concept impossible. Vouloir les définir, c’est la chasse au dahu. C’est facile à prouver : commencez par leur demander pourquoi ils mettent toujours « les classes moyennes » au pluriel. Il y en a donc plusieurs ? Lesquelles ? Enumérez-les ! Dites lesquelles sont plus ou moins « moyennes » ? Qu’est ce qui les distingue ? Vous n’aurez jamais de réponse claire.

« Classes moyennes » contre « classes populaires » ?

Pourquoi les mêmes qui parlent des « classes moyennes » parlent-ils de « classes populaires » au pluriel ? Y a-t-il plusieurs « classes populaires » ? Cette dernière notion apparaît aussi imprécise que l’autre. Que les bonimenteurs essaient, pour une fois, de nous dire combien il y en a et comment ils décrivent « LES » classes populaires ?  Qu’est ce qui distingue les « classes populaires » des « classes moyennes » ? Est-ce que « les » classes populaires sont les pauvres et les classes moyennes moins populaires ?

Le salariat représente 93 % de la population active.

Parmi les salariés, il faut compter les jeunes qui sont des salariés en formation, les chômeurs qui sont des salariés privés d’emploi, les retraités qui vivent en direct des cotisations des salariés occupés. C’est le salariat qui règne, qui domine sociologiquement dans ce pays : la caractéristique est claire, unique, c’est la grande masse de tous ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre. Les salariés vendent, certes, cette force de travail plus ou moins cher, selon leur âge, qualification, carrière, selon le rapport de force social. Est-ce que cela les différencie en classes ? Alors doit-on chercher à distinguer une « classe moyenne » au sein du salariat ? Les salaires, dans leur quasi totalité, sont compris entre 900 euros et 3 200 euros, avec un salaire médian à 1 580 euros. 97 % des salaires sont en dessous de 3 200 euros. Comment cerner, caractériser, à ce niveau, une « catégorie », une « couche », une « classe » moyenne… dont le salaire, le statut bouge et bougera tout au long de la vie et de la carrière ?

Il est assez facile de distinguer la classe supérieure, celle des capitalistes :

5 % de la population possède environ 50 % du patrimoine. Elle possède l’essentiel de la rente, des actions, elle est maîtresse de la finance et de la propriété des moyens de production, des biens immobiliers et mobiliers. C’est une toute petite partie de la population. Elle vit de l’exploitation du travail des autres et ses intérêts communs sont puissants : augmenter les profits du capital, baisser le coût du travail. Certains y adjoignent les « cadres supérieurs » (appelés parfois à tort « bobos ») mais cela ne rajoute que très peu d‘éléments : les cadres dits « supérieurs » (assimilables aux employeurs, échappant au droit commun du travail) sont moins de 0,2 % des cadres.

Il est assez facile de distinguer les « pauvres », encore que… :

Là, les instituts prennent, sans s’encombrer, un concept clair, celui du montant du salaire : un chiffre de revenu actuellement inférieur à 900 euros. C’est le « seuil » dit « de pauvreté ». Il y a aujourd’hui, en 2012, plus de 8 millions de personnes concernées.  Ce sont 10 % de la population qui possèdent moins de 1 % du patrimoine. Mais ces pauvres peuvent devenir salariés à temps plein, ou rester pauvres à temps partiel,  rester smicards pauvres, puis le chômage n’épargnant aucune catégorie,  à nouveau pauvres.  Ce n’est donc pas une catégorie isolée, séparée du salariat. Jacques Rigaudiat concluait justement, dès 2005 : « Entre chômage, sous-emploi, incertitude de l’activité et précarité financière des “travailleurs pauvres”, c’est très vraisemblablement entre le quart et le tiers de la population, entre 15 et 20 millions de personnes – 7 millions de pauvres et 8 à 12 millions de précaires – qui ont, de façon durable, des conditions de vie marquées du sceau de l’extrême difficulté. »

Mais entre riches et pauvres où sont les classes moyennes ?

Donc 5 % possèdent 50 % des richesses, et 10 % possèdent moins de 1 %. Il reste 85 % de la population qui se partage 49 % des richesses. Est-ce cela la « classe moyenne » ?  85 % de la population ?  Qu’est ce qu’elle fait, que gagne-t-elle, comment vit-elle ?  Qu’a-t-elle de commun et de différent pour la « classer » ?

Sont-ce les « indépendants » ?

Les actifs « indépendants », les « libéraux », les artisans, les commerçants, les petits et moyens agriculteurs, les petits patrons ne sont plus que 6 % des actifs dans ce pays. 6 % ! Est-ce là UNE classe moyenne ? ou DES classes moyennes ? Peu convaincant, car ces actifs sont hétérogènes… Bien des artisans s’apparentent à des ouvriers du rang, y compris du point de vue du revenu salaire, ou alternent entre travail indépendant et travail salarié. De même pour les petits exploitants en agriculture ou les petits commerçants. Ces 6 % d’actifs qui ne sont pas salariés sont extrêmement « étirés » socialement, entre le million de petits patrons divers de TPE, le médecin installé à l’acte à honoraire libre, le plombier débordé et l’auto-entrepreneur isolé sans le sou, qui est moins protégé qu’un salarié et qu’il serait abusif de placer dans « les classes moyennes ». Toutes les tentatives pour recréer des transformer les travailleurs salariés en travailleurs indépendants (lois Madelin, Dutreil, Novelli…), pour réduire leurs protections sociales, ont jusqu’à présent échoué. Il semble bien difficile de voir dans ces actifs une « catégorie » encore moins une « classe » ou des « classes moyennes ». comme concept pertinent.

Le salariat représente 93 % de la population active occupée.

Et en plus, il faut rajouter les jeunes qui sont des salariés en formation, les chômeurs qui sont des salariés privés d’emploi, les retraités qui vivent en direct des cotisations des salariés. C’est le salariat qui règne, qui domine sociologiquement dans ce pays : la caractéristique est claire, unique, c’est la grande masse de tous ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre. Les salariés vendent, certes, cette force de travail plus ou moins cher, selon leur âge, qualification, carrière, selon le rapport de force social. Est-ce que cela les différencie en classes ? Alors doit-on chercher à distinguer une « classe moyenne » au sein du salariat ? Les salaires sont compris entre 900 euros et 3 200 euros, avec un salaire médian à 1 580 euros. 97 % des salaires sont en dessous de 3 200 euros. L’écart entre la moyenne des salaires des cadres et la moyenne des salaires des ouvriers et employés est réduit à 2,3. Comment cerner, caractériser, à ce niveau, une « catégorie », une « couche », une « classe » moyenne… dont le salaire, le statut bouge et bougera tout au long de la vie et de la carrière ?

Sont-ce les cadres ?

Il y en a 3,5 millions. Les cadres sont des salariés comme les autres : avec une dégradation de leur statut et de leurs conditions de travail, ils n’échappent pas au lot commun. Les « grilles de notations » et les « paramètres personnalisés » aboutissent à un barème à la « tête du salarié », et à un système des « primes individuelles », qui finit par toucher les cadres assimilés au reste du salariat au plan de la rémunération. Ils ont aussi des horaires légaux communs au reste du salariat, même si les lois les concernant sont plus souvent violées, contournées. Plus de 40 % d’entre eux sont ainsi passés en dessous du plafond de la Sécurité sociale. L’écart Le rapport entre la moyenne des salaires des cadres avec celle des employés et ouvriers a été abaissé progressivement de 3,9 en 1955 à 2,3 en 1998. Alors que les employeurs se targuent, par tous moyens, d’individualiser les salaires, en fait, par leur obsession de réduire les salaires pour augmenter leurs profits, ils les ont « compactés » !

S’il convient de suivre, avec l’Insee, le rapprochement du « bas des cadres » et du « haut des employés et ouvriers », par contre, les cadres ne sont pas correctement catégorisés par la statistique publique comme ils devraient l’être, c’est-à-dire, séparés entre « cadres » et « cadres supérieurs ». Ce serait pourtant une clarification parmi les plus nécessaires car elle porte sur les critères de définition du statut : le contrat, le salaire et la relation de subordination. Les cadres supérieurs sont assimilables au patronat. Mais ils sont peu nombreux et ne renvoient pas plus que le « patronat » à une réalité homogène. Avec le développement de la sous-traitance et une soumission à des donneurs d’ordre résolument du côté du CAC 40 les petits patrons sont loin d’être tous du niveau « cadres supérieurs » et subissent un sort aléatoire proche du salariat. Il existe en France, une pyramide d’entreprises avec une base très large : en haut, mille entreprises de plus de mille salariés (3,4 millions de travailleurs) produisent près de 50 % du PIB ; en bas, un million d’entreprises de moins de dix salariés (3,4 millions de travailleurs également) ont une existence précaire et la moitié d’entre elles dépendent d’un seul donneur d’ordre.

Les fonctions d’encadrement ont diminué considérablement au profit des tâches de production. Il n’y a plus de coupure entre les « cols blancs » et les « cols bleus » comme dans le passé. L’emploi non qualifié augmente sans que l’emploi des moins diplômés reprenne : le paradoxe renvoie à un « déclassement » des diplômés, qui, à un niveau de diplôme donné, occupent des emplois de moins en moins qualifiés. Quant aux cadres, ils connaissent eux aussi des périodes plus importantes de chômage, l’épée de Damoclès du Pôle emploi règne sur eux comme sur les autres. Le chantage à l’emploi est répandu du haut en bas du salariat. « La dégradation des conditions de travail est générale, l’urgence réduit la prévisibilité des tâches et les marges de manœuvre pour les réaliser. La charge mentale s’accroît et la pénibilité du travail ». Pour une majorité croissante des salariés, les pressions s’accroissent : augmentation du rythme de travail, multiplication des contraintes, mécanisation plus forte, rapidité d’exécution, demandes multiples, vigilance accrue, contrôle hiérarchique permanent, stress…

Sont-ce les « catégories intermédiaires » ?

L’INSEE utilise depuis des lustres une catégorie très contestée : celle dite des « catégories intermédiaires ». Mais qu’est ce qu’une « catégorie intermédiaire » ? Le haut du salariat ? Il commence où ? Aux contremaîtres ou ETAM ? Le bas des cadres ? À quel niveau les distingue-t-on ? Tous les cadres ? L’INSEE y classe tous les enseignants, la plupart des fonctionnaires à partir des catégories « B ». Pourquoi les catégories « B » seraient-elles des « classes moyennes » ? Les instituteurs, les infirmiers, les contrôleurs des impôts, du travail, ne sont pourtant pas plus « classes moyennes » que les maîtres d’hôtel, les agents de maîtrise, les VRP, ou les techniciens… Sont-ce des employés par opposition aux ouvriers ? Sûrement pas puisque même l’INSEE les décompte en dehors des « catégories intermédiaires » !

Lesdites « catégories intermédiaires » avaient une telle disparité interne que depuis fort longtemps les experts contestaient ce classement incertain de l’INSEE. En même temps, ces catégories  ont gagné une homogénéité avec les autres salariés qui pousse à ne pas les traiter séparément. Ainsi dans la fonction publique, dans le passé, il y avait quatre catégories A, B, C, D.  On analysait ainsi les missions : les « A » cadres concevaient une lettre, les « B » moyens cadres rédigeaient la lettre, les « C » agents exécutants frappaient la lettre, les « D » manœuvres, l’expédiaient. Cela a été bousculé puisque les « A » frappent la lettre à l’ordinateur et appuient sur la touche du clavier pour l’expédier. La catégorie « D » a été supprimée un peu comme ont disparu les troisièmes classes dans les trains. Mais toutes les catégories forment le même train, la différence est souvent devenue de niveau salaire. Non seulement le salariat s’est imposé numériquement et proportionnellement au travers du siècle écoulé, mais il s’est homogénéisé, de façon encore relative mais réelle.

70 % ou 10 % de la population ?

Certains disent parfois sans bien réfléchir : « Le nouveau prolétariat, ce sont les femmes ». Ou bien encore : « Ce sont les immigrés ». Ou bien « Ce sont les précaires ». Mais cela n’a pas de sens théorique sérieux, global de découper des catégories, sexes ou générations. C’est du point de vue commun et supérieur de la place dans le procès de production et du niveau de vie qu’il faut raisonner.

Bien qu’il s’obstine dans la recherche d’une hypothétique « classe moyenne » finalement aussi introuvable que le centre en politique [2], Louis Chauvel pose une question cruciale : « Le portrait social d’une classe moyenne heureuse correspond-t-il aujourd’hui à 70 % de la population, ou plutôt à 10 % ? Tout semble indiquer que ce noyau central, idéalement situé aux environs de 2 000 euros de salaire mensuel, doit faire face à un vrai malaise et connaît, comme par capillarité, la remontée de difficultés qui, jusqu’à présent, ne concernaient que les sans-diplôme, les non-qualifiés, les classes populaires. À la manière d’un sucre dressé au fond d’une tasse, la partie supérieure semble toujours indemne, mais l’érosion continue de la partie immergée la promet à une déliquescence prochaine [3]. »

Un « précariat » a t il remplacé le salariat ?

Non. Ni par la création manquée d’indépendants non-salariés dont le nombre régresse malgré les lois qui les poussent à exister (auto-entrepreneurs, etc..). Ni par les 3 millions de précaires (CDD, intérimaires, saisonniers…). Ni par les 3 millions de temps partiels. Ni par les 5 millions de chômeurs. Evidemment, c’est énorme actuellement.  Cela frappe surtout les jeunes, les femmes, les immigrés : c’est donc imposé politiquement, en tout cas, ça ne vient pas des nécessités de la production. Le « précariat » c’est comme les termites, ça creuse les pieds du meuble du CDI, mais il reste un meuble. 85 % des contrats restent des CDI. Entre 29 ans et 54 ans, 97 % des contrats sont des CDI. Le CDI reste majoritaire de façon écrasante avec le Code du travail, statut et/ou conventions collectives. En 25 ans, la durée moyenne du CDI s’est allongée de 9, 6 ans à 11, 6 ans.

Les classes moyennes, sont-ce les « employés » et « ouvriers » ?

La distinction entre ouvriers et employés, fondamentale au début du XXe siècle, s’est estompée. Tout comme celle qui les opposait à la majorité des cadres. Le « col bleu » avait les mains dans le cambouis, en bas, à l’atelier ; le « col blanc » avait des manches de lustrine, en haut, dans les bureaux : le premier semblait défavorisé par rapport au second. Ce clivage si net tout au long du siècle précédent dans l’imagerie populaire, syndicale et politique, a laissé place à un brassage des conditions de travail, de l’hygiène et de la sécurité, des conventions collectives, des salaires et des statuts : aujourd’hui, l’ouvrier peut encore porter des bleus de travail mais œuvrer dans un environnement aseptisé de machines informatisées dont la maîtrise exige un haut niveau de qualification, tandis que l’employé peut effectuer des services sales, déqualifiés et mal payés, notamment dans l’entretien ou l’aide aux personnes.

Il y a environ 9 millions d’employés, et 6 millions d’ouvriers dont 2 millions d’ouvriers d’industrie. Ils sont l’essentiel du salariat selon l’INSEE. Mais des ouvriers d‘industrie qualifiés gagnent plus que des enseignants débutants. Des employés de restauration rapide gagnent nettement moins que des ouvriers. Et en fait,  il est impossible de les séparer des autres « catégories intermédiaires » de l’INSEE.

L’ensemble du salariat est une sorte de toile tissée avec des mailles qui vont bas en haut et de haut en bas. Il y a plus de points communs que de différenciations. On ne vit pas de la même façon à 900 euros, 1 800 euros ou 3 200 euros, mais on est placé devant les mêmes problèmes fondamentaux d’emploi, de droit, de salaire. Et c’est l’existence qui détermine la conscience et qui fait le lien « objectif ». Reste à ce qu’il soit perçu subjectivement : cela ne peut se faire qu’avec une vision claire de la réalité pleine et entière du salariat. Qui la développe ?

Il reste encore une drôle de théorie : ce seraient les salariés qui seraient la « classe moyenne »

Ce serait là une « grande couche moyenne centrale » qui, en travaillant normalement, retirerait les bienfaits du système (capitaliste) et n’aspirerait qu’à en bénéficier davantage. Ce serait les 24 millions d’actifs qui composeraient  la classe moyenne, par opposition à ceux qui ne le sont pas comme les pauvres et les chômeurs. Parfaitement intégrés au marché, les salariés n’y seraient pas hostiles et le voudraient au contraire plus efficace, plus rentable. L’horizon du système capitaliste étant indépassable, il suffirait donc de s’efforcer de mieux faire marcher l’industrie, le commerce, les échanges, l’innovation, la production, la compétition, afin de satisfaire les souhaits fondamentaux de cette « grande couche moyenne » salariée qui ne demande que cela.

La fonction politique de cette analyse est évidente : elle revient à marginaliser tout projet socialiste de gauche, à le réduire à la charité compassionnelle d’une part, à une recherche de rentabilité rationalisée d’autre part, saupoudrée d’une légère redistribution des richesses en « constatant » qu’il n’y a plus de force sociale désireuse d’un vrai changement. Finie la révolution et vive la classe moyenne et ses aspirations sacrées !

Les cris, aussi imprécis que pervers, abondent : pas touche aux classes moyennes (sic) !

Et les commentateurs se répandent en assimilant dans la confusion celles-ci à la fois aux riches, à la fois aux salariés du haut de l’échelle. Appeler le « salariat » « classe moyenne » n’a plus aucune autre fonction conceptuelle et descriptive, c’est une manipulation idéologique. C’est contribuer à l’empêcher de prendre conscience de son immense force collective et de ses revendications légitimes communes.

Cette « théorie » a un immense « hic » : « masquer ce nouveau nom de prolétariat que je ne saurais voir »… elle n’explique pas les mouvements sociaux d’ensemble du salariat de Mai 68 à Nov-Déc 95, de 2003 à 2006 ou 2010… Cela n’explique pas les revendications sociales communes pour les salaires, retraites, durée du travail… ni l’acharnement des employeurs à ne plus vouloir de durée légale commune du travail, ni de Smic, à préférer des « retraites à la carte » et des « contrats » plus que des « lois ».

Car si le Medef veut diviser, atomiser, rendre invisible le puissant et hégémonique salariat c’est qu’ils ont bien peur de cette force sociale, la plus importante la plus décisive du pays, qui  est  la classe qui produit de façon dominante les richesses et qui n’en reçoit pas la part qu’elle mérite.

En vérité donc, non, il n’y a pas de couche moyenne avec ou sans « s ».  Il y a deux classes fondamentales, celle minoritaire et dominante de l’actionnariat et du patronat, et celle majoritaire et dominée du salariat. Les conséquences politiques de cette analyse sont évidemment énormes.

Lire « Salariés si vous saviez… », éd. La Découverte, de Gérard Filoche, 2006 (et de nombreux autres articles depuis 20 ans dans la revue mensuelle D&S).

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 13:04

      Philippe Petit prolonge dans Marianne2 l'enquête «Pourquoi Marx redevient capital ?» publiée dans le numéro 778. Pour ce troisième volet, une interview de Bruno Tinel, maître de conférences en économie à l'université Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne, dont les recherches portent notamment sur la dette publique.


(La tombe de Karl Marx à Londres - Paul Grover / Rex Featu/REX/SIPA)
(La tombe de Karl Marx à Londres - Paul Grover / Rex Featu/REX/SIPA)
– Marianne 2 : La crise financière de 2008 et ses suites signe-t-elle, selon vous, le retour d'une certaine actualité des thèses de Marx concernant les rapports de l'Etat et du capital ?
 
– Bruno Tinel : Le vingtième siècle a montré que l'Etat peut ne pas être invariablement et mécaniquement le fondé de pouvoir du capital. En effet, un compromis de classe spécifique entre les salariés et une fraction des classes dominantes (celle qui maîtrise la technostructure de l'administration et des grandes entreprises, bref les cadres -cf. Duménil & Lévy) associé à un contexte international spécifique (clivage Est-Ouest, menace soviétique, PC nationaux forts liés à l'URSS) et une configuration macroéconomique singulière conduisant pour la première fois au plein emploi et ce durant plusieurs décennies. Tout cela se combinant a permis de faire éclore quelque chose de radicalement nouveau et de pousser son développement assez loin : l'Etat social. Il n'a heureusement pas disparu aujourd'hui, et sa résilience est grande.

Néanmoins, l'avènement du néolibéralisme, concomitant de la disparition à la fois de la menace soviétique et du plein emploi (est-ce un hasard?), a profondément modifié les compromis de classes dans la plupart des pays capitalistes avancés, ce qui a stoppé les avancées sociales depuis le début des années 1990 et fragilisé ce qui existait déjà. Avant même la crise entamée en 2008, il était clair que l'Etat avait été repris en mains par les classes dominantes sur la base d'un compromis entre elles excluant l'essentiel des travailleurs (salariés ou non). La crise actuelle n'a fait que révéler plus clairement ce basculement, et ce de manière caricaturale dans certains pays (cf. crises politiques récentes en Grèce ou en Italie). Ce qui est intéressant aujourd'hui c'est que les solutions proposées par le rapport politique de classe ne font qu'approfondir la crise et les problèmes qu'elles sont sensées résoudre ; ceci est d'ailleurs semble-t-il perçu par une partie importante de la population sans pour autant qu'un nouveau compromis de classe en rupture avec la haute finance n'émerge pour l'instant.

L'importance de la lutte des classes

– M. : La lutte des classes demeure-t-elle un concept opérant ?
 
– B.T. :  C'est l'idée la plus fondamentale du message de Marx, c'est aussi l'idée la plus combattue et tournée en ridicule par ses détracteurs. Cette idée est en elle-même subversive de deux points de vue interdépendants. Du point de vue politique d'abord : elle est un outil qui permet de mieux clarifier les enjeux et de désigner l'adversaire (si ce n'est l'ennemi) et donc d'exister en tant que force sociale agissante pour ses propres objectifs. Du point de vue des sciences sociales ensuite (pour lesquelles il faut rappeler l'impossibilité de la neutralité axiologique), mettre en lumière les phénomènes sociaux et économiques liées aux rapports de classe, c'est raconter une tout autre histoire que celle que l'on sert habituellement aux étudiants ; c'est aussi la sortir de la complicité (plus ou moins active) dans laquelle elle se trouve par rapport aux classes dominantes qui tirent parti à ce que les rapports de classes soient niés par la Science elle-même, celle-ci contribuant dès lors à reproduire les hiérarchies qu'elle ne veut délibérément pas désigner. Enfin, ceci est surtout valable pour la dite « science économique », aujourd'hui sclérosée à un point inimaginable pour le profane : ici plus qu'ailleurs l'idéologie revêt les atours de la science en s'appuyant sur l'attraction formaliste.
 
 
– M. : Que retenez-vous essentiellement de Marx ?
 
– B.T. : La lutte des classes, je viens de le dire. Mis à part cela, il y a chez Marx autre chose de très important que l'on ne trouve pas ailleurs : la volonté de saisir la réalité sociale, économique et politique non seulement dans sa dimension systémique (essayer de dégager toutes les interdépendances structurales) mais aussi dans son aspect historique (comment émergent les choses nouvelles dans un cadre institutionnel donné). C'est tellement ambitieux que cela ne marche jamais complètement bien entendu, il faut toujours reprendre l'analyse, surtout au regard des transformations dont nous sommes témoins. Mais je crois profondément que c'est cela qu'il faut garder à l'esprit pour essayer de dire quelque chose qui ait un peu de pertinence. Voilà pourquoi, au niveau scientifique, il faut nécessairement plusieurs outils : narration historique, études de cas, modèles mathématiques, statistiques, économétrie, discussion interprétative etc.

L'autre grande idée que nous enseigne Marx : Robinson sur son île, c'est une blague. L'homme isolé qui invente tout ce qu'il lui faut et fait tout tout seul, c'est simplement faux. On produit et on invente avec les autres, ce que l'individu fait librement il le fait dans un cadre social donné, avec tout ce dont il a hérité de ceux qui l'on précédé, bref : le génie est d'abord le résultat de la combinaison et de la conjonction des efforts humains. Chacun doit beaucoup aux autres, y compris concernant les choses les plus élémentaires de nos existences. Marx lui-même devait beaucoup aux autres, il n'a cessé de les citer dans ses textes, de les engueuler, de les critiquer et de leur rendre hommage. Il devait aussi beaucoup à Engels et il le savait. Il savait parfaitement que « nous ne sommes que des nains montés sur les épaules de géants pour voir plus loin qu'eux ». Lui-même était juché sur les épaules de plusieurs géants, et il est grand temps à notre tour d'oser à nouveau lui grimper sur les épaules.

La « machine à penser » de Marx

– M. :  Quelle différence établissez-vous entre Marx et le marxisme?
 
– B.T. :  Au sens littéral, il est difficile de ne pas voir la différence entre un homme (et son œuvre) et ce qui se rapporte à l'interprétation de ses écrits. Il est de bon ton aujourd'hui de dire que Marx c'est bien (ou au moins respectable) mais que le marxisme c'est mal. Certains marxistes d'ailleurs répètent aussi cela parfois, sans doute pour conjurer les soupçons de stalinisme qui pourraient peser sur lui (ou elle). Néanmoins, LE marxisme n'existe pas et n'a jamais existé : il y a toujours eu plusieurs courants et sous-courants se réclamant de cet auteur, tout simplement en raison même de la richesse de son œuvre il est possible d'avoir des interprétations divergentes sur des questions innombrables. Il faut comprendre une chose très simple : Marx, comme peu d'autres auteurs, a bâti une machine à penser, il nous donne des outils pour interpréter, analyser, critiquer, construire. A partir de là, on peut aller dans des tas de directions selon les nécessités et les envies de ceux qui s'en saisissent. Mais donc on est obligé d'admettre que lire Marx dans son coin et en parler dans son coin, ça ne veut pas dire grand chose ; dès lors que l'on s'adresse aux autres, on est obligé d'entrer dans une intersubjectivité telle qu'un « isme » va apparaître au bout d'un moment. Est-ce grave ? Non, ça veut dire qu'on essaie de se comprendre ; ce qui est gênant c'est quand le « isme » devient un carcan qui empêche de penser librement, c'est arrivé une fois avec l'œuvre de Marx et cela pourrait très bien revenir tout comme avec n'importe quel auteur ou système de pensée. D'ailleurs aujourd'hui, le carcan vient du « camp » d'en face avec tout son prêt à penser et ces mots qui s'amoncèlent presque automatiquement les uns sur les autres. Comme n'importe quel système de pensée, celui de Marx ne sera que ce que l'on en fera. Il faut ajouter là aussi qu'il serait très dommage de ne pas lire les marxistes qui nous ont précédés dans cette tâche, leurs interprétations peuvent encore nous servir pour résoudre certains des problèmes que nous nous posons, même si le contexte a changé. Aucune génération ne peut prétendre tout recommencer tout seule, c'est valable aussi dans la lecture et l'utilisation de l'œuvre de Marx. D'ailleurs, j'ai dit tout à l'heure qu'il nous fallait (re)monter sur les épaules de Marx, mais en fait ce n'est pas tout à fait vrai : nous devons remonter sur les épaules des marxistes ! Sans cela, on ne va faire que répéter des choses tout à fait plates et déjà dites et redites, mais certains (c'est leur métier) aime bien redécouvrir l'eau chaude. Dernière chose : pas plus que l'on ne peut prétendre avoir lu tous les exégètes de Marx, on ne peut pas non plus prétendre faire comme s'il n'y en avait pas eu avant soi (sinon on enfonce des portes ouvertes et on se paie la tête de son lecteur).
 
– M. : Ce n’est pas la première fois que l’on consacre un article sur l’actualité de Marx. J’imagine que le thème du retour à Marx ne vous satisfait pas. De même que celui de sa mort annoncée. Quels sont selon vous les pièges à éviter lorsqu’on se réfère à la figure de Marx, à ses textes surtout ?
 
– B.T. :  Il est de bon ton de dire que Marx n'a rien vu du capitalisme moderne car il a été le témoin du capitalisme à la papa avec un entrepreneur capitaliste qui est directement aux prises avec les salariés et son affaire commerciale. Mais ce n'est pas tout à fait vrai : Marx a perçu l'essor de la finance et la séparation de la propriété et du contrôle, on trouve ça dans le livre 3 du Capital, notamment avec la notion de capital porteur d'intérêts. Il n'a donc pas pu réfléchir en profondeur sur les crises financières en tant que telles, même s'il nous a donné les bases pour réfléchir sur la notion de crise ; lesquelles sont plus ou moins niées par la pensée dominante.

Source: Pensées Libres

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 00:12

Intensification du travail, surveillance accrue des salariés par leur hiérarchie, pénibilités physiques toujours très présentes... Tels sont les enseignements de la nouvelle étude sur l’exposition aux risques professionnels que vient de publier le ministère du Travail. Elle révèle un accroissement des situations de « tension au travail » dans un contexte où le Medef, au nom de la compétitivité, cherche à remettre en cause nombre de dispositions du droit du travail.

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Les conditions de travail se dégradent-elles ? Quelles sont les contraintes et pénibilités qui pèsent sur les salariés ? Et les risques encourus ? L’enquête « Sumer » (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) nous livre une photographie, bien plus étayée qu’un vulgaire sondage, de la situation des 22 millions de salariés français. Cette étude lancée par la direction générale du travail (DGT) et la Dares [1] est réalisée tous les 9 ans par 2 400 médecins du travail auprès de 48 000 salariés du privé et du public.

Une fois n’est pas coutume, commençons par quelques aspects positifs. Il y a vingt ans, près d’un salarié sur trois travaillait plus de 40 heures par semaine. Ils ne sont plus que 18 % aujourd’hui, grâce notamment aux 35 heures. Cette diminution du temps de travail demeure cependant virtuelle pour un cadre sur deux, au bureau plus de 40 heures par semaine (48 % aujourd’hui contre 63 % il y a vingt ans). Dans les ateliers ou sur les chantiers, les contraintes physiques intenses baissent légèrement. Elles concernent les personnes obligées de travailler debout, de porter des charges lourdes, d’effectuer des gestes répétitifs (le travail à la chaîne, par exemple) ou soumis à des vibrations. En 1994, près de 46 % des salariés étaient ainsi régulièrement confrontés à au moins une de ces contraintes [2]. Cette proportion descend en dessous de 40 % en 2010. Soit près de 9 millions de personnes. Sans surprise, ce sont principalement les ouvriers, les employés de commerce et de service, le secteur de la construction et le monde agricole qui sont les plus exposés, avec comme possible conséquence des problèmes de dos, des douleurs aux articulations et des troubles musculaires. Seule l’exposition au bruit progresse : un salarié sur cinq travail dans un environnement sonore supérieur à 85 décibels, soit le bruit d’un camion roulant à 50 km/h.

Intensification du travail

Malgré un recours de plus en plus grand aux molécules chimiques dans l’industrie, l’exposition globale aux produits chimiques diminue depuis 2003. Un salarié sur trois est exposé à au moins un produit dangereux dans le cadre de son travail avec, en cas de contact, des risques immédiats – brûlure irritation, réactions allergiques – ou différés dans le cas des cancérogènes. Ce qui concerne quand même plus de 7 millions de salariés, là encore principalement des ouvriers qualifiés et non qualifiés. Une « décrue » liée au « renforcement de la réglementation » depuis 2001, conséquence, entre autres, des grandes mobilisations sur l’amiante.

Ces légères améliorations se font cependant dans un contexte d’intensification du travail. Contraintes de rythme, quantité de travail excessive, polyvalence, objectifs irréalistes ou flous, ou instructions contradictoires se multiplient au sein des entreprises. Le nombre de salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme – lié à la cadence automatique d’une machine, à la dépendance immédiate vis-à-vis du travail de ses collègues, aux normes et délais de production à respecter en moins d’une journée, ou au contrôle permanent de la hiérarchie… – passe de 28 % à 35,5 %. « L’intensité du travail est l’une des principales dimensions des facteurs psychosociaux de risque au travail », rappelle l’étude. Et ce risque concerne 7,7 millions de personnes, aussi bien les ouvriers, les employés et les cadres. Travailler plus en moins de temps, voilà un nouveau slogan…

Des salariés davantage surveillés

« La proportion de salariés contrôlés en permanence par leur hiérarchie s’est accrue entre 2003 et 2010, notamment pour les employés de commerce et de service », souligne encore l’étude. Cette surveillance permanente concerne plus d’un salarié sur quatre. Le contrôle informatisé, lui, continue de s’étendre partout, aussi bien dans l’industrie que dans les services, et touche autant les cadres que les ouvriers qualifiés. Si, globalement, le temps de travail hebdomadaire diminue, la flexibilité du temps de travail s’accroît. Le travail le dimanche et les jours fériés augmente, concernant 31 % des salariés, principalement dans le commerce. Ceux-ci sont également confrontés à la multiplication des horaires variables. Un salarié sur dix demeure soumis à des horaires imprévisibles d’une semaine à l’autre !

L’intensification du travail – davantage de sollicitations en moins de temps – s’accompagne d’un « net accroissement » des situations de « tension au travail » : lorsqu’un salarié est confronté à une forte demande (rythme, objectifs, diversité des tâches à accomplir…) sans disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour y répondre. De plus, la part de salariés estimant rencontrer un comportement hostile (22 % des salariés) ou méprisant (15 %) au travail augmente de manière notable. Cette charge psychologique vient ainsi s’ajouter à des pénibilités physiques qui diminuent très lentement. À l’heure où l’on ne parle que de compétitivité ou de réduction des coûts, il serait peut-être temps que ces questions liées aux conditions de travail et aux conséquences qu’elles font peser sur la vie quotidienne des salariés émergent dans la campagne électorale.

Ivan du Roy

Photos : The Library of Congress

Notes

[1] Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques.

[2] Au moins 20 heures par semaine pour la manutention manuelle de charges, pour le travail debout, au moins 2 heures par semaine pour les autres contraintes posturales (position à genoux, maintien de bras en l’air, posture accroupie, en torsion, etc.).

Source: Bastamag.net

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:03

Le livre de Chris Harman se veut une réponse au poème de Brecht, et l’on peut dire que l’objectif est atteint. Une histoire populaire de l’humanité, de l’âge de pierre au nouveau millénaire vient d’être publiée en français, plus de dix ans après sa sortie en Grande-Bretagne. C’est une excellente nouvelle, cela rend accessible à un public francophone un ouvrage comme il en existe peu. L’objectif est très ambitieux : faire une histoire globale, totale, vue par et pour ceux d’en bas. Bien sûr, on pourra reprocher à Chris Harman d’avoir négligé des questions fondamentales, de faire l’impasse sur des questions qui divisent les historiens (pourquoi le capitalisme émerge-t-il en Europe ?), mais des choix étaient indispensables pour faire tenir un tel sujet dans un format qui est raisonnable (730 pages).
Il y a une grande cohérence d’un bout à l’autre de l’ouvrage qui est une brillante illustration de la célèbre phrase de Marx « l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes ». Cette histoire populaire se veut une « contre-histoire » de celle des grands hommes. Elle s’intéresse à tous ceux que le discours dominant ignore, des sociétés communistes primitives (qui constituent plus de 90 % de notre histoire, et sont un formidable démenti à une prétendue nature humaine justifiant l’exploitation et l’oppression), aux ouvriers luttant contre le stalinisme dans les pays de l’Est (qui est pour l’auteur une forme d’exploitation capitaliste d’État, l’antithèse même de sa conception d’un socialisme par en bas). Il ne nie pas le rôle que certains ont pu jouer dans l’histoire, mais il montre que ces choix étaient possibles grâce au travail de millions d’hommes et de femmes, avec des rapports sociaux qui n’ont cessé de se transformer depuis des milliers d’années.

Contre le déterminisme historique

À travers une lecture marxiste de l’histoire, Chris Harman a comme préoccupation permanente d’articuler développement des forces productives et lutte de classe, sans tomber dans le piège du mécanisme. Les idées ne tombent pas du ciel mais sont bien le produit de la situation et des rapports sociaux existants à telle ou telle époque. Cela ne signifie absolument pas que l’histoire se déroule « automatiquement », en « progressant ». Par exemple, au xviie-xviiie siècle, la zone la plus développée n’était pas l’Europe, mais l’Asie. Pourtant, c’est en Europe qu’a émergé une forme nouvelle, plus dynamique que tous les précédents systèmes : le capitalisme, qui s’est imposé militairement et commercialement sur toute la planète. Les contradictions du système féodal ont justement éclaté là où le système était plus faible, où les dominants ne purent pas briser l’émergence d’une nouvelle classe qui les contestait. Cela ne se fit pas sans résistance et luttes de classes intenses : révolte hollandaise, guerre de 30 ans, guerres de religions, révolution anglaise jusqu’à la guerre d’indépendance américaine et la Révolution française. Le long chapitre sur 1789 met à bas des idées largement répandus à propos de la « terreur » de Robespierre et des sans-culottes (qui serait inhérente à toutes les révolutions). Il montre que dans le contexte, c’était inévitable, une mesure de défense qui a évité des massacres encore plus grands organisés par la réaction. Ainsi, en Irlande, où éclata une insurrection en 1798, inspirée par 1789, la répression de l’armée anglaise fut bien plus sanguinaire que la « terreur » parisienne : 30 000 morts en quelques semaines. La Commune de Paris en est une autre illustration.


La barbarie et la vengeance ne viennent que rarement, comme le prouve l’histoire, des dominés. Chris Harman rejette les idées « positivistes » d’un monde allant vers le progrès, il souligne à juste titre que le développement des moyens de production signifie aussi celui des moyens de destruction, la barbarie. Il montre même que dans l’histoire, le monde a déjà connu des périodes longues de recul, non seulement en termes de production, mais en termes d’idéologie, de connaissance. On connaissait mieux la nature, la planète, du temps de l’Antiquité qu’aux temps de l’Inquisition. Il met en évidence que les différentes crises que l’humanité a subies se sont résolues (ou pas) par les choix et les actions de ceux qui s’étaient engagés. L’histoire qu’il nous présente ne nie pas le rôle des individus, elle permet par contre de comprendre que leurs « choix » sont souvent contraints par les conditions matérielles. L’auteur nous présente l’histoire qui s’est déroulée, mais était-ce la seule possible ? À différentes étapes, des bifurcations auraient été possibles.

L’auteur s’intéresse à de nombreux aspects peu connus : à l’émergence de l’urbanisation et de la société de classe dans différentes régions du monde, qui s’est faite de manière indépendante : le croissant fertile et la Méditerranée de l’antiquité mais aussi les sociétés précolombiennes ou africaines. Partout, à partir de progrès techniques (agriculture, élevage, travail des métaux), des formes similaires d’organisation ont émergé, aboutissant à la mise en place d’un État et d’inégalités sociales et sexuelles : « La division en classes était le revers de la médaille de l’introduction de méthodes de production dégageant un excédent. ».

Il reprend les travaux d’Engels de L’origine de la famille, de la propriété et de l’État et les confronte aux travaux des anthropologues, les synthétisant et développant certaines intuitions non démontrées de Marx et Engels.

Histoire du monde

Harman essaie de faire comprendre le monde globalement, à l’échelle de la planète, les différentes parties se développant de manière « inégales, mais combinées ». L’arrivée des Européens en Amérique au xve siècle est une étape décisive. C’est le choc de deux sociétés très différentes, mais toutes deux traversées par des divisions de classe, que les Amérindiens paieront durement, par un véritable génocide. Les relations transatlantiques vont prendre une place particulière : «  L’esclavage des plantations était un produit de l’expansion capitaliste déjà en cours en Hollande et en Angleterre. Mais il nourrissait aussi en retour le capitalisme, lui fournissant en retour un puissant coup d’accélération. Ce faisant, l’esclavage joua un rôle important dans le façonnage du système mondial qui voyait mûrir le capitalisme ». Ce rôle allait être économique, mais aussi idéologique avec la mise en place du racisme moderne qui se perpétue.

Cet ouvrage fait prendre conscience que le monde n’a pas toujours été tel qu’on le connaît, surtout en Europe depuis 150 ans. Au xiie siècle, Constantinople comptait plus d’habitants que Londres, Paris et Rome réunies. Au xie siècle, la Chine produisait deux fois plus de fer que la Grande-Bretagne en 1788, au début de la révolution industrielle. Les chapitres sur la Chine, l’Inde, les royaumes africains sont importants, faisant découvrir une histoire méconnue, permettant de comprendre que l’Occident n’a pas toujours été le centre du monde, et ne le sera peut-être plus d’ici quelques décennies. On peut regretter quand même qu’il n’ait pas plus développé le reste du monde lors des deux derniers siècles. Alors que la Chine regroupe aujourd’hui 1/5e de la population mondiale, est devenue la deuxième puissance capitaliste mondiale, comment est-on passé du « glorieux crépuscule chinois » du xviiie siècle à la situation actuelle et l’importance grandissante de l’Asie ?

Ce livre est un ouvrage fantastique, passionnant qui fait preuve d’un internationalisme crucial à une époque où on voudrait diviser les opprimés et les exploités, renforcer le nationalisme en faisant de l’histoire un outil idéologique et politique. On se rappelle la volonté de Sarkozy de célébrer à l’école « le rôle positif du colonialisme » ou faire apprendre aux enfants la Marseillaise. Cette histoire là, au contraire, essaie de donner une boussole stratégique à tous ceux qui veulent changer le monde, à tous ceux que le système ignore, veut faire taire, à tous ceux qui contestent les « grands hommes ». Comme il est bien dit dans 1984 de Georges Orwel, le rêve de toute société autoritaire est de « contrôler le passé, car c’est contrôler le futur ». Ce livre est un outil indispensable pour tous les anticapitalistes, il nous donne des moyens pour comprendre et essayer de changer notre histoire.

Antoine Boulangé

 Chris Harman (1942-2009) militant des luttes étudiantes dans les années 1960 en Grande-Bretagne, il est devenu un des dirigeants du Socialist Workers Party (rédacteur du journal de 1970 à 2004). Il a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire du mouvement ouvrier, l’économie, l’URSS, l’islam. Durant les dix dernières années de sa vie, il s’est beaucoup impliqué dans le mouvement antiguerre et les différents forums sociaux, participant à la gauche anticapitaliste européenne. Il est décédé au Caire lors d’une conférence en 2009.

Qui a construit Thèbes au sept portes ?

Dans les livres, on donne les noms des Rois.

Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?

Babylone, plusieurs fois détruite,

qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons

de Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?

Quand la Muraille de Chine fut terminée,

où allèrent, ce soir-là les maçons ? Rome la grande

est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui

les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée,

n’avait-elle que des palais

pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide

hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,

ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.

Le jeune Alexandre conquit les Indes.

tout seul ?

César vainquit les Gaulois.

N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?

Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne

pleura. Personne d’autre ne pleurait ?

Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.

Qui, à part lui, était gagnant ?

À chaque page une victoire.

Qui cuisinait les festins ?

Tous les dix ans un grand homme.

Les frais, qui les payait ?

Autant de récits,

Autant de questions.

Bertolt Brecht (1898-1956) Questions que pose un ouvrier qui lit -1935 (cité en ouverture)

« On me demande souvent s’il existe un livre qui fait pour l’histoire du monde ce que mon Histoire populaire des États-Unis fait pour ce pays. Je réponds toujours qu’il n’en existe qu’un qui accomplisse cette tâche particulièrement délicate : celui de Chris Harman, Une histoire populaire de l’humanité»

Howard Zinn

 

Source : NPA

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 18:03
Edition : Je me souviens....

1899-greve_creusot.jpgJe me souviens de la lutte des classes. Qu'il fallait se battre pour survivre, pour sauvegarder un peu de dignité, pour arracher quelque miette au gâteau qu'ils voulaient garder pour eux, alors que nous avions sué sang et eau pour le faire. Ils disaient que nous  prônions la lutte des classes, que c'était très mal de dresser les citoyens les uns contre les autres, que les riches ne pensaient qu'à augmenter la richesse de tous et qu'ils prêtaient même de l'argent aux pauvres pour qu'ils puissent, eux aussi, avoir tout le confort moderne, ils défendaient l'alliance du capital et du travail !!! autant dire dela carpe et du lapin...

            Je me souviens de la dénonciation des multinationales qui, par-dessus les frontières, réalisaient des bénéfices qui dépassaient parfois le PIB de certains pays, qui dictaient aux gouvernements des mesures qui leur étaient favorables, qui s'arrangeaient pour ne pas payer d'impôts. Ils disaient que nous nagions en plein fantasme : pourquoi ne pas dénoncer les 200 familles, tant que vous y êtes! Ringards, passéistes, inaptes à comprendre les lois élémentaires et naturelles de l'économie politique. Eux-mêmes donnaient beaucoup d'argent aux économistes pour qu'ils énoncent "scientifiquement" les dites lois.

          Je me souviens des valets du capitalisme qui mettaient toute leur énergie et leur intelligence au service des capitalistes; lesquels les récompensaient généreusement en leur offrant des prébendes juteuses. Mais ils disaient que la pensée est libre et que c'est du totalitarisme que de dénoncer les théories brillantissimes des essayistes affairistes ; d'ailleurs, ce n'est pas de leur faute, disaient-ils, si les élèves les plus brillants sortents des lycées les plus huppés et entrent dans les plus grandes écoles, ils ne vont quand même pas mettre leurs enfants dans des quartiers suburbains.

          Je me souviens de l'idéologie dominante qui empoisonnait les esprits dès leur plus jeune âge, grâce à la complicité des principaux medias et des organisateurs des jeux du cirque ou du stade ;  mais c'est nous qu' ils traitaient d'idéologues et qu'ils accusaient de faire de la propagande quand nous distribuions quelques malheureux tracts.  ou que nous osions contester leur(bon) droit.

          Je me souviens de la dictature du prolétariat - le mal absolu - même Marchais (mais qui s'en souvient ?) l'avait supprimée. Ils disaient que c'était la plus sanglante qui soit, ils tremblaient d'indignation à l'idée que des prolos puissent être aux postes de commande, ils se délectaient des crimes du stalinisme soviétique  qui en donnait l'image la plus immonde - et en cela ils n'avaient pas tort mais s'exonéraient du même coup des crimes qu'ils accomplissaient au nom de la liberté.

       Je me souviens du rêve révolutionnaire. Rêve révolu...

       Je me souviens de Marx.

       Avez-vous oublié, mes camarades, ces outils qui nous permettaient d'être en prise avec le réel et de mener des combats qui n'étaient pas tous inutiles ? vous les avez laissé tomber et en même temps vous vous êtes faits à l'idée que les choses étaient ce qu'elles sont parce qu'elles ne peuvent pas être autrement. Des riches et des pauvres. Des riches toujours plus riches. Des pauvres toujours plus nombreux et toujours plus pauvres. Plus de classe ouvrière. Plus de syndicats ouvriers. Plus de parti ouvrier. Plus de projet commun, mais la défense obtuse de quelques avantages acquis

        Eux n'ont pas oublié, je vous l'assure. Ils n'ont pas oublié leur frousse à l'idée qu'ils pourraient tout perdre. Et tout ce qui leur avait été arraché, par de rudes combats, vous vous souvenez ? les congés payés ! la sécurité sociale ! la retraite par répartition ! etc. ils sont bien décidés à le casser définitivement, histoire de vous, de nous ôter une fois pour toutes l'envie de changer le monde. La lutte des classes, ils nel'ont pas oubliée et entendent bien la mener jusqu'à son terme. Les multinationales, ils ne les ont pas oubliées mais simplement dissimulées derrière les oripeaux de la mondialisation. L'idéologie dominante, ils ne l'ont pas oubliée et ils ont su faire le nécessaire pour qu'elle domine encore plus tôt et encore plus les esprits. La dictature, ils ne l'ont pas oubliée non plus  ; ils se sont seulement assurés qu'eux seuls et leurs maîtres seraint en mesure de l'exercer. La révolution, ils ne l'ont pas oubliée non plus et dès qu'en un pays elle pointe le bout de son nez, voyez leur visage devenir grave , entendez-les appeler au respect de ce qui est le socle même de leur pouvoir - l'argent, les ressources pétrolières etc.

     Que faudra-t-il donc pour que vous retrouviez votre mémoire ? Pour  que vous retrouviez votre fierté ? 

 

37792-f9a08.jpg

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:26

 

 
 

Dans le cadre du séminaire « Marx au XXIème siècle, l’esprit et la lettre », le CHPM recevait le samedi 12 novembre Anne Clerval. Maîtresse de conférence en Géographie à l’Université Paris-est Marne-la- Vallée, elle est intervenue sur la question de la gentrification comme lutte des classes dans l’espace urbain. Elle a ainsi développé des éléments de sa thèse portant sur les dynamiques spatiales des rapports de classe à Paris.

Dans un souci pédagogique, Anne Clerval a commencé sa présentation en rappelant les origines théoriques de la notion de gentrification. Ce néologisme a été forgé par une sociologue marxiste allemande, proche du PC anglais, Ruth Glass, à partir du terme gentry qui désigne littéralement la petite noblesse terrienne anglaise, mais surtout, de façon péjorative " les gens bien nés ". La notion porte ainsi dès sa création un caractère critique. Dans les années 1970 et 1980, le terme est théorisé de façon scientifique par des géographes marxistes, notamment David Harvey, grand penseur de la géographie radicale américaine qui s’attache à étudier l’inscription spatiale des rapports de domination (de classe, de race et de genre) dans la ville ainsi que l’utilisation de l’espace par le capitalisme. Si ces chercheurs anglo-saxons ont puisé dans les théories du marxisme urbain français des années 1960, notamment celle de Henri Lefebvre   ou de Francis Godard , la notion de gentrification sera peu utilisée en France avant les années 2000, pour une raison discutable : la revalorisation des centresvilles serait moins frappante en Europe dans la mesure où ces quartiers seraient déjà majoritairement habités par des classes sociales dominantes, contrairement à ce qui peut être observé dans les villes anglo-saxonnes.

La gentrification est une forme d’embourgeoisement touchant les quartiers urbains populaires, de production ou d’habitation, à travers des transformations de l’habitat, des espaces publics et des commerces. C’est donc une transformation sociale correspondant à une appropriation, tant symbolique que matérielle, d’un espace populaire par une autre classe, mieux placée dans les rapports de force. Elle peut être entreprise de diverses manières, notamment grâce à des travaux de réhabilitation d’habitats anciens ou des travaux de constructions neuves sur des friches industrielles. Elle doit être distinguée d’autres formes d’embourgeoisement, non matérielles ou touchant des quartiers huppés par l’intermédiaire d’un renforcement de l’exclusivité sociale. Loin d’être un phénomène naturel et inéluctable, la gentrification implique souvent une action volontaire de la part d’acteurs variés et présente une dimension conflictuelle. L’espace urbain est ainsi un enjeu de lutte entre les classes.

Du point de vue des rapports de classe, la gentrification peut être perçue comme l’ascension d’un nouveau groupe social, celui de la " petite bourgeoisie nouvelle "  qui prend le pouvoir sur la ville, matériellement et symboliquement. Anne Clerval se refuse à parler de bobos , terme qui, signifiant une fusion entre les bohèmes et les bourgeois, impliquerait la disparition des différences de classes et des luttes entre ces dernières. Cette " petite bourgeoisie intellectuelle ", pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Garnier, a une position intermédiaire dans les rapports de classe : elle s’apparente à une " huile de rouage dans le système d’exploitation capitaliste d’autant plus important à mesure que les conditions de travail et d’exploitation capitaliste empirent et que les inégalités augmentent ". Grâce aux entretiens qu’elle a menés, la géographe a tiré un portrait type du gentrifieur. Politiquement, ce dernier dit voter pour la gauche dite " réaliste ", c'est-à-dire ayant accepté le tournant libéral et ne remettant plus en question les politiques macro-économiques. D’autre part, il est relativement peu sensible à la réalité des rapports de classes. S’il évoque la question de l’immigration par exemple, c’est à l’aide des catégories de l’anti-racisme ou de la défense des droits de l’homme, et non à travers un discours anti capitaliste, dénonçant les conditions d’exploitation des travailleurs immigrés. Le gentrifieur relève également d’une catégorie socio-professionnelle particulière, puisqu’il travaille généralement dans les médias, la culture ou l’enseignement. Il joue donc un rôle d’encadrement et d’inculcation idéologique qui lui permet, entre autre, de véhiculer une vision de la ville qui insiste sur la qualité de vie plus que sur l’efficacité économique (espace vert, sociabilité de quartier, proximité du lieu de travail, refus des modes de transport motorisés, valorisation des quartiers populaires, soutien à l’immigration, défense des services publics). Il défend, enfin, la mixité sociale, sans la pratiquer, comme le prouve la pratique généralisée de l’évitement scolaire. Ce discours ambigu lui sert, pour Anne Clerval, davantage à légitimer sa présence dans les quartiers populaires et correspond à des stratégies de distinction sociale à l’égard de la bourgeoisie traditionnelle qui ne partage pas sa vision de la ville.

 

 

Face à l’ascension de la petite bourgeoisie intellectuelle, les classes populaires peinent à mettre en place des stratégies de résistance, en raison notamment de leur fragmentation. L’étude d’Anne Clerval montre que la gentrification passe relativement inaperçue pour ces classes, qui la conçoivent uniquement selon des critères ethniques, comme le veut le contexte médiatique. En conséquence, il n’y a pas de résistance ouverte à ce processus social  , mais uniquement des résistances passives, non organisées et non politisées, principalement à l’origine des populations immigrées qui montrent leur capacité à occuper la rue et à s’approprier les commerces. Ces résistances ne sont néanmoins pas suffisantes à maintenir vivants les quartiers populaires, puisqu’elles ne garantissent pas leur capacité d’accueil et le renouvellement des habitants. Tout au plus permettent-elles de sanctuariser les classes populaires dans leurs quartier et de freiner, un temps, l’avancée de la vague de gentrification.

A Paris, exemple qu’Anne Clerval a développé tout au long de sa présentation, la gentrification n’a débuté que dans les années 1980, soit vingt à trente ans plus tard qu’à Londres ou à New-York. Les années 1980 marquent en effet la fin du contrôle des loyers et l’immobilier redevient alors, comme David Harvey le montre, un secteur spéculatif lucratif pour le capitalisme. Malgré l’objectif affiché de la municipalité de Paris, à gauche depuis 2001, de " garantir la mixité sociale ", les politiques publiques ne prennent pas en compte la dynamique spatiale de la gentrification. Ces politiques passent essentiellement par la construction de logements sociaux, alors même qu’elle possède une limite structurelle intrinsèque : l’absence d’espace à bâtir à Paris. Les nouveaux logements sociaux sont en conséquence principalement issus de travaux de réhabilitation qui s’accompagnent paradoxalement d’une diminution de l’offre quantitative . Malgré ses efforts  , la Mairie de Paris n’est pas en mesure de lutter contre le départ des classes populaires de la capitale, d’autant plus qu’elle ne mène aucune action sur le parc privé  . Anne Clerval rappelle d’autre part, que l’utilisation de la notion de " mixité sociale ", notion renvoyant au rééquilibre géographique des disparités entre les classes, est très ambigüe. En effet, cet objectif peut légitimer la création de logements pour les classes moyennes dans certains quartiers considérés comme populaires, alors même qu’ils subissent déjà des logiques de gentrification. Enfin, dans certains cas, la municipalité accompagne même cette gentrification. Les politiques d’embellissement de la ville par exemple, à travers des travaux de réhabilitation, l’aménagement d’espaces verts, l’expulsion des squats et la réquisition des logements vides, aboutissent à la revalorisation de certains quartiers qui se traduit par une hausse des prix immobiliers. Dans ce cadre, la mairie véhicule l’image de la ville, telle qu’elle est défendue par les gentrifieurs. La ville, alors, devient un simple décor, un espace ludique bien éloigné de la réalité des luttes de classes.

 

Source: Nonfiction.fr

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 06:52

La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas
aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de
nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.
Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est
d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en
deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la
bourgeoisie et le prolétariat".
Depuis la grande Révolution française, l'histoire de l'Europe a, dans nombre de pays,
révélé avec une évidence particulière cette cause réelle des événements : la lutte des
classes.
Déjà, à l'époque de la Restauration, on vit apparaître en France un certain nombre
d'historiens (Thierry, Guizot, Mignet, Thiers) qui, dans leur synthèse des événements,
ne purent s'empêcher de reconnaître que la lutte des classes était la clé permettant de
comprendre toute l'histoire de France.
Quant à l'époque moderne, celle de la victoire complète de la bourgeoisie, des
institutions représentatives, du suffrage élargi (sinon universel), de la presse
quotidienne à bon marché qui pénètre dans les masses, etc., l'époque des associations
puissantes et de plus en plus vastes, celles des ouvriers et celles des patrons, etc., elle a
montré avec plus d'évidence encore (bien que parfois sous une forme très unilatérale,
"pacifique", "constitutionnelle") que la lutte des classes est le moteur des événements.
Le passage suivant du Manifeste du Parti communiste montre que Marx exigeait de la
science sociale l'analyse objective de la situation de chaque classe au sein de la société
moderne, en connexion avec les conditions de développement de chacune d'elles :
"De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat
seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent
avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus
authentique.
Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent
la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes
moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus,
elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à rebours la roue de l'histoire.
Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au
prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ;
elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat"
Dans nombre d'ouvrages historiques (voir Bibliographie), Marx donna des exemples
brillants et profonds d'histoire matérialiste, d'analyse de la condition de chaque classe
particulière et parfois des divers groupes ou couches au sein d'une classe, montrant
jusqu'à l'évidence pourquoi et comment "toute lutte de classe est une lutte politique".
Le texte que nous venons de citer illustre clairement la complexité du réseau des
rapports sociaux et des transitions d'une classe à l'autre, du passé à l'avenir, que Marx
étudie afin de déterminer exactement la résultante de l'évolution historique.
La théorie de Marx trouve sa confirmation et son application la plus profonde, la plus
complète et la plus détaillée dans sa doctrine économique.

 

Source: Au rive gauche.

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 18:13

Depuis fin sep­tem­bre, un jeudi sur deux de 18h à 19h (les semai­nes impai­res) sur Radio Canut, c’est « les paysan-ne-s dans la lutte des clas­ses », une émission sur l’agri­culture et les luttes pay­san­nes. Les ancien­nes émissions sont dis­po­ni­ble sur le blog :

http://blogs.radio­ca­nut.org/lut­tes­paysannes

Parce que les cam­pa­gnes sont tra­ver­sées par des rap­ports de pou­voir, entre pro­duc­teurs et ache­teurs, entre paysan-nes et agro-indus­tries, entre fer­mier-e-s et pro­prié­tai­res, entre pos­sé­dant-e-s et dépos­sédé-e-s ;

Parce qu’entre ville et cam­pa­gne, il y a encore et tou­jours des rap­ports de pou­voir, où sub­sis­tent mépris et folk­lo­risme, où tout ce qui est légi­timé depuis des décen­nies est urbain, où des Chambres d’Agriculture aux pré­fec­tu­res, en pas­sant par les tri­bu­naux, c’est depuis la ville qu’on admi­nis­tre, qu’on régule et qu’on punit ;

Parce que sous sa couche de pein­ture verte et par­ti­ci­pa­tive, l’Etat rêve encore et tou­jours de faire de nos cam­pa­gnes une fan­tas­ti­que usine, et par­tout déploie -des puces dans les brebis aux bre­vets sur les plan­tes- ses ins­tru­ments de contrôle pour y par­ve­nir ;

Parce que les amen­des pour refus de vac­ci­na­tion, la contrac­tua­li­sa­tion des ventes au profit des indus­triels, les condi­tion­na­li­tés des primes pour faire ren­trer tout le monde dans le rang, les taxes « volon­tai­res et obli­ga­toi­res », les hec­to­li­tres de pes­ti­ci­des déver­sés par arrêté pré­fec­to­ral, les res­tric­tions sur la trans­hu­mance, les pro­duc­tions payées des miet­tes sous pré­texte de Bruxelles, de Chicago ou d’autres ; le clien­té­lisme fon­cier ; la soli­tude et le mono-emploi ; les auto­rou­tes, aéro­ports et jeux olym­pi­ques qui veu­lent virer les cultu­res ; sont des éléments d’un même mou­ve­ment de dépos­ses­sion géné­ra­li­sée, qui s’abat sur les cam­pa­gnes depuis des décen­nies. Dépossession de l’outil de tra­vail, dépos­ses­sion des savoirs et savoir-faire, dépos­ses­sion des acti­vi­tés, dépos­ses­sion des vies ;

Parce que depuis la ville, sou­vent on ne voit de tout ça que des miet­tes, ou quel­ques explo­sions… quel­ques panais dans un panier, et ça et là des bottes de pailles en feu les jours de colère ;

Parce que face à cette dépos­ses­sion, des paysan-ne-s et leurs allié-e-s s’orga­ni­sent, inven­tent et expé­ri­men­tent, tis­sent des soli­da­ri­tés, met­tent des grains de sables dans les roua­ges pour inver­ser le pro­ces­sus, pour se réap­pro­prier leur acti­vité et leurs vies ;

Parce que c’est dans ces expé­rien­ces, ces ren­contres et ces soli­da­ri­tés que se posent les bases de l’auto­no­mie pay­sanne.

Les paysan-ne-s dans la lutte des classe veut être d’abord un espace où s’expri­ment ces inven­tions, ces expé­rien­ces et ces orga­ni­sa­tions, où ces luttes et ces soli­da­ri­tés se visi­bi­li­sent.

Pour plus d’infos et s’ins­crire à la liste d’infos, il suffit d’écrire à :

lut­tes­pay­san­nes [aro­base] riseup.net

(rem­pla­cer le contenu des cro­chets par @).

P.-S.

- La prochaine émission aura donc lieu ce jeudi 24 novembre (semaine impaire).

- Depuis octobre 2011, de nombreuses émissions de Radio Canut ont leur blog. la liste est ici :

http://blogs.radiocanut.org/

 

Source: Rebellyon.info

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 22:15

« L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes. »

C'est par cette phrase que débute l'un des livres les plus influents de l'Histoire, « Le Manifeste du parti communiste », coécrit par Karl Marx et Friedrich Engels en 1847.

Avec l'effondrement de l'URSS et la conversion de la Chine à l'économie de marché, cette analyse a fait long feu. Un coup d'œil sur l'immense base de donnée de Google Books confirme cette intuition. Depuis le milieu des années 70, le marxisme a perdu de son aura dans la vie intellectuelle.


Google Ngram Viewer permet d'analyser les récurrences d'un terme dans les millions de livres numérisés par Google Books.

Données confirmées (en anglais) par le linguiste Geoff Nunberg sur la NPR, la radio publique américaine, qui expliquait tout récemment que le nombre d'occurrences de « lutte des classes » ou de « prolétariat » dans la célèbre New Left Review, une revue britannique de sciences politiques fortement ancrée à gauche, avait été divisé par quatre en quarante ans.

Des partis de gauche qui se détournent peu à peu

Dans les années 90 et 2000, les grands partis de gauche européens se sont eux aussi éloignés de l'idéologie marxiste. C'est dans sa déclaration de principe de 1990 que le PS abandonne le terme de « lutte de classe » et en 2008 qu'il élimine toute mention de « révolution ».

En 1999, alors à mi-mandat, le premier ministre Tony Blair proclame  : « La lutte des classes est finie ! » Quelques années plus tôt, c'était le tory John Major qui annonçait l'avènement d'une « société sans classe ».

Même Antonio Negri, figure de proue du mouvement altermondialiste, insiste sur l'obsolescence de la notion de lutte des classes, largement développée dans ses ouvrages « Empire » (2000) et « Multitude » (2004), qu'il rappelle dans uneinterview donnée à « Philosophie Magazine » :

« Les concepts de peuple, de prolétariat et de classes sociales sont désormais caducs. Ils correspondaient à certaines réalités historiques, aujourd'hui disparues. L'idée de peuple était liée à l'Etat-nation, celle de prolétariat au développement de l'industrie au XIXe siècle. Or les Etats-nations sont affaiblis et l'exploitation de la force de travail a pris une forme différente. [...] Le secteur secondaire tend à disparaître, dans les pays capitalistes, au profit des services. »

Le renouveau de la lutte des classes

Seulement voilà, la crise financière et la montée des inégalités sont passées par là, avec leur cortège de prises en otage de dirigeants d'entreprises, de dérives de la finance et de fragilisation de la classe moyenne. Le tout semble redonner à la grille d'analyse marxiste une nouvelle jeunesse.

Judt, toujours dans la New York Review of Books, souligne bien ce revirement :

« Ce que les contemporains de Marx, au XIXe siècle, appelaient la “question sociale” – c'est-à-dire comment en finir avec l'énorme écart entre riches et pauvres, et avec les honteuses inégalités en matière de santé, d'éducation et de chances de réussite [...] opère un retour en force dans l'actualité internationale. Ce qui apparaît à ses riches bénéficiaires comme étant une croissance économique mondiale et l'ouverture des marchés nationaux et internationaux aux investissements et aux échanges est de plus en plus perçu par des millions d'autres personnes comme une redistribution de la richesse mondiale au profit d'une poignée de multinationales et de détenteurs de capitaux. »

L'idée d'une nouvelle « lutte des classes » s'immisce dans les rangs des élites. Le journaliste Marc Landré, spécialiste des questions sociales au Figaro,rapportait ainsi début 2009 un propos que lui avait tenu un cadre d'une grande organisation patronale, qui confirme la cristallisation des conflits sociaux autour des « classes » :

« Je pense que l'on va vivre dans les prochaines années une forme de retour de lutte des classes, lorsque deux camps ont des intérêts divergents et cherchent par tous les moyens à faire plier l'autre ».

Geoff Nunberg note pour sa part qu'actuellement, les mots « lutte des classes » apparaissent cinq fois plus souvent dans le très respectable et conservateur Wall Street Journal qu'il y a quarante ans.

De Ségolène Royal à Barack Obama

Ségolène Royal, interrogée par le « Journal du dimanche » en 2009 sur le climat social de plus en plus tendu avait eu cette phrase surprenante :

« Quand on entend des élus de droite expliquer benoîtement que le bouclier fiscal protège les pauvres, on se croirait sous l'Ancien Régime ! Alors, est-ce le retour de la lutte des classes ? Peut-être. »

Même aux Etats-Unis, la notion se fraie un chemin jusqu'aux discours des politiques. Pour Geoff Nunberg le terme « n'est plus aussi outrancier qu'avant ». Et de souligner :

« Le jour où Obama a annoncé sa réforme de la fiscalité, il a dit : “Si demander à un milliardaire d'avoir le même taux d'imposition qu'un plombier ou un enseignant fait de moi un guerrier de la classe moyenne, alors je considère cette mission comme un honneur”, faisant de lui le premier démocrate à accepter cette étiquette et à invoquer la rhétorique de la guerre contre les riches. »

« La crise fait l'objet d'un traitement de classe »

Pour Mathilde Larrère, historienne et professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, le retour de ce vocable né il y a deux siècles est perceptible :

« Le terme de lutte des classes est passé de mode parce que les partis qui le portaient ont disparu. Et comme il était moins présent à gauche, donc il faisait moins peur à droite. Mais j'ai l'impression que ça revient aujourd'hui. Ce qu'on appelle par exemple la “politique de classe” menée par Sarkozy relève de la même logique. Il y a de plus en plus l'idée que la crise fait l'objet d'un traitement de classe, qu'elle est créée par une classe et payée par une autre. Là encore, c'est la même logique. »

De nombreux économistes et sociologues ont récemment rénové la lecture de la société en termes de classes et souligné l'émergence de nouvelles tensions et de nouvelles divisions.

Pour l'économiste Jean Matouk, la hausse des inégalités de revenus et la fragilisation de la classe moyenne réveillent les antagonismes sociaux. Il y a trois ans, dans une tribune pour Rue89, il se posait une question d'une actualité plus que jamais brûlante :

« Les “classes”, au sens marxien, ont peut être disparu, mais les privilèges financiers croissants ne sont-ils pas en train de catalyser les mêmes antagonismes qui secouèrent la France durant tout le XIXe siècle ? »

Source: Rue 89

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 13:35

Ci-dessous le dernier tract du collectif "Coup Pour Coup 87". 

Pour l'UPAC, Kyosen.

 

 

    Plan d’austérité, baisse du pouvoir d’achat, délocalisations, licenciements, fermetures de boîtes, la situation des travailleur(e)s ne cesse de s’aggraver. C’est à nous de payer la crise alors que les riches n’ont jamais été aussi riches.


Nous ne sommes pas dupes. Pour faire avaler la pilule et créer un climat de suspicion et de division, ceux qui agissent dans le sens des puissants ont besoin d’un bouc émissaire : le-la sans papier, l’immigré(e), l’étranger(e) , l’assisté(e), le-la chômeur(e)…


Ces discours chauvins, racistes, identitaires n’expriment qu’une seule chose : la concurrence que le capitalisme doit imposer à tous et à toutes pour garantir sa survie.


Certain(e)s d’entre nous désorienté(e)s par la « crise » se soumettent à cette logique de concurrence en défendant leur entreprise ou l’industrie française. En faisant cela, ils-elles se livrent à la merci des patron(ne)s de cette industrie. C’est à cela que sert le racisme qui dégouline d’un peu partout, à nous diviser en se présentant même parfois comme l’expression d’une rébellion ! Etrange rébellion de s’en prendre toujours à ceux et celles qui sont à côté plutôt qu’à ceux et celles qui sont au dessus !


N’ABANDONNONS PAS LA SEULE FORCE DES EXPLOITÉ(E)S : LEUR UNITÉ, QUELLE QUE SOIT LA COULEUR OU L’ORIGINE.


Les travailleur(e)s ici et ailleurs montrent les signes de mobilisations face à ces logiques réactionnaires. En France, la mobilisation contre la réforme des retraites a été massive et a donné lieu à l’expression d’un mécontentement général. Les travailleur(e)s d’Europe dénoncent les plans d’austérités que ce soit, en Grèce, en Espagne, en Angleterre…


Qu’on ne s’y trompe pas les Français ne payeront par pour les Grecs, le Front Monétaire International se chargera de faire payer l’ensemble des travailleur(e)s à l’échelle internationale.


En Égypte, en Tunisie, au Maroc…les révoltes font rage contre un système politique et économique d’exploitation incarné par des régimes corrompus au service de l’impérialisme.


Que ce soit sur le plan politique (intervention de MAM pour envoyer des soldats français en Tunisie au secours du dirigeant aujourd’hui déchu : Ben Ali), sur le plan économique (la négociation de Nicolas Sarkozy de 35 % de la production de pétrole en Lybie avec le gouvernement de transition : CNT), sur le plan militaire (la présence des soldats français en Afghanistan) ; l’impérialisme français fonctionne plus que jamais.


A travers l’impérialisme, le capitalisme lui, refuse les frontières et se joue des mobilisations des exploité(e)s ce qui lui profite largement.


En Tunisie par exemple, l’impérialisme français est le premier « partenaire » économique du pays. Il a maintenu en place des régimes dictatoriaux et corrompus dans le seul but d’exploiter le peuple tunisien (avec 1064 unités de production, la France détient le plus grand nombre d’entreprises à participation étrangère en Tunisie, soit 40% du total).

 

 

Les régimes corrompus au service des puissances impérialistes provoquent misère, chômage et répression. Les révoltes des pays arabes sont l’expression d’années de contestations et montrent à la face du monde la réalité sociale de ces pays mis à genoux par l’impérialisme.



Les changements de ministres ne changeront rien aux problèmes et ne feront pas disparaître la misère et le chômage. L’urgence aujourd’hui est que le peuple s’organise pour défendre ses intérêts jusqu’au bout et chasser les différentes bourgeoisies au service de l’impérialisme. Cette révolte est celle d’une jeunesse privée d’avenir qui est obligée de fuir en Europe, subissant ici le racisme d’Etat et des conditions de travail pénibles.


 

La solution dépend donc de notre engagement pour combattre l’impérialisme et construire la solidarité avec les peuples en lutte.



Un coup porté à l’impérialisme ici est un coup qui affaibli l’impérialisme subi là bas !


LES PROLÉTAIRES N’ONT PAS DE PATRIE, MEME ENNEMI, MEME COMBAT !


ASSEZ DE RÉSIGNATION CONSTRUISONS L’UNITÉ ET LES SOLIDARITÉS
POUR LA RÉVOLUTION.

 
YAHOO.util.Event.onDOMReady( function() { try { var popin = new OB.SocialPopin('socialPopup', false); } catch(e) {} } );  

 

 

 

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Non au Front National !

Camarades ,

Ne nous livrons pas aux chants des sirènes fascistes, qui sous couvert d'un discours anti-systémique bien rôdé, ne visent qu'à instaurer un régime aux relents des années 30. Ne soyons pas naifs face à ce nouvel ordre moral que veulent imposer par le mensonge et la peur les tenants de la haine et du "sang pur". Sous couvert d'une fausse expression démocratique et médiatique, le FN ne s'est jamais détaché de ce qui a construit son origine : une droite populaire qui rejette le prolétaire, une droite chrétienne qui rejette le non-croyant ou l'autre croyant, une droite corporatiste qui rejette l'union des travailleurs. Le FN a ses petits groupuscules néo-nazi dont il se défend d'être en lien publiquement mais avec qui il travaille bien tranquillement  : GUD, bloc identitaire et autres "natios".

    Et lorsque l'on se penche sur son programme politique le vernis craque : Contre la retraite par répartition et tout ce qu' a fondé le CNR de 1945 (où était-il lors des manifs de 2010 ?)  , contre les droits des salariés ( poujadiste un jour, poujadiste toujours !) etc... 

De nombreux documents démontrent l'imposture du FN. L'UPAC vous en propose deux :

- Celui du collectif communiste Prométhée dans son numéro 85, (site net : http://promcomm.wordpress.com), 5 pages.

-Celui du collectif VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes), qui s'intitule "FN, le pire ennemi des salarié(e)s" et dont le lien est sur le blog, 29 pages. 

 

Ne lâchons rien ! 

Face au bras tendu du facho, levons le poing ferme du prolo !! 

 

Vêtements et accessoires skinheads et Antifas.

            Site "La Pétroleuse" : Clic<  link

 

            Site "moonstomp" : Clic<  link

 

           Site "La Boutique, Tapage Rock" : Clic<  link

 

            Site "Antifa Wear" : Clic<  link

 

          Site "Ni Dieu, Ni Maitre": Clic< link   

 

             Site "FFC Production": Clic< link

 

  Badges UPAC:

 

Modèle 25 mm

 

Badge-UPAC-GM.jpg

 

 

 

Modèle 32 mm.

 

badge-UPAC.jpg

 

 

Fabrication "FFC Production".