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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 20:13

Suppression d'emplois chez PSA : " douche froide " à l'usine de Mulhouse
Les salariés jugent qu'on leur " fait porter le poids des investissements " au Brésil, en Inde, en Chine
Mulhouse Correspondant

 

Une douche froide ". Chez les salariés de l'usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse (Haut-Rhin), l'annonce par la direction du constructeur automobile, mercredi 26 octobre, de la suppression d'au moins 6 000 postes en Europe, a eu du mal à passer." Nous avons été surpris par l'importance du nombre de postes supprimés ", confie Michel Segura, délégué syndical CFE-CGC.

L'impact exact pour le site mulhousien de ces nouvelles mesures d'économies devrait être détaillé lors d'une réunion extraordinaire du comité central d'entreprise, mi-novembre. " On va de nouveau supprimer plusieurs centaines d'emplois intérimaires et la charge de travail va augmenter pour ceux qui restent ", déplorent, dès à présent, les syndicats, très remontés.

Pour Julien Woystin (CGT), ce plan constitue " une déclaration de guerre à l'emploi ", d'autant que le groupe PSA " se porte bien financièrement " et a pu verser 270 millions d'euros de dividendes aux actionnaires. " La crise ne peut pas tout justifier, renchérit Patrick Schorr (FO, syndicat majoritaire à Mulhouse), et surtout pas de s'attaquer aussi systématiquement aux salariés. "

Les investissements en cours en Chine, en Inde, en Russie et au Brésil inquiètent les ouvriers alsaciens. " On fait porter aux salariés le poids de ces investissements, considère Robert Calvet (CFDT). Il n'est pas garanti que les véhicules fabriqués là-bas ne viendront pas un jour concurrencer les nôtres. " PSA a annoncé, mercredi, qu'il veut produire 300 000 véhicules par an au Brésil en 2015, contre 150 000 aujourd'hui.

A Mulhouse, où PSA emploie 10 200 salariés, dont 1 800 intérimaires, pour fabriquer environ 1 500 véhicules (des Peugeot et des Citroën) par jour, l'annonce des nouvelles mesures d'austérité tombe à la fin d'une année plutôt faste : il y a eu près de 500 embauches en contrat à durée indéterminée (CDI), soit 100 de plus que prévu, grâce aux lancements simultanés des nouvelles Citroën C4 et DS4 et de la Peugeot 308.

Un audit, réalisé en septembre et dont les grandes lignes ont été divulguées par le journal L'Alsace, laisse augurer ce que pourrait être le plan de réduction des coûts sur le site mulhousien.

Ce document préconise la suppression d'une équipe sur la ligne de fabrication des Peugeot 206 + et 308, employant près de 700 salariés, dont 400 CDI. L'audit invite aussi à réaliser 16,5 millions d'euros d'économies supplémentaires en augmentant la productivité sur la partie Citroën, qui devrait passer à 43 véhicules/heure contre 42 actuellement, ainsi que dans les usines d'emboutissage et de peinture. Autre objectif : faire chuter l'absentéisme sous la barre des 5 % à l'usine de ferrage. Ces préconisations s'accompagnent de prévisions de production pour 2012, revues à la baisse. L'usine produira, à partir de juin 2012, la nouvelle Peugeot 208 qui sera lancée au début 2012 à l'usine de Poissy (Yvelines). Ce modèle devrait remplacer la 206 + en fin de vie, mais ne compensera pas tout de suite le transfert concomitant de la 308 (cinq portes) à Sochaux (Doubs).

Dans le cadre de l'accord signé avec l'allemand BMW sur le développement en commun de véhicules électriques, Mulhouse a été retenu pour la production des batteries, moteurs électroniques et générateurs. Cette nouvelle activité entraînerait la création de 250 emplois, mais à horizon 2015. En attendant, l'usine se prépare à une nouvelle cure d'amaigrissement.

Adrien Dentz


Un plan de 800 millions d'euros d'économies

Le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën a annoncé, mercredi 26 octobre, un plan d'économies de 800 millions d'euros en 2012. Celui-ci pourrait se traduire par la suppression de près de 6 800 postes de travail, en interne et chez les sous-traitants. PSA emploie environ 167 000 salariés en Europe, dont 100 000 en France.

" Nous avons senti le vent tourner depuis l'été ", explique Philippe Varin, le président du directoire de PSA, dans un entretien aux Echos, jeudi. Il indique que si " les volumes sont en ligne avec nos prévisions, c'est-à-dire un marché européen plus ou moins stable ", les prix, eux, " ont pris une tournure à la -baisse ".

 

Le bon élève et le cancre

 

Ce n'est pas le tout d'être le bon élève de la classe sur un contrôle, encore faut-il avoir les moyens de le rester tout au long de sa scolarité. L'annonce de la suppression de plus de 6 000 postes en Europe, mercredi 26 octobre, risque d'écorner l'image citoyenne que Nicolas Sarkozy avait attribuée un peu vite à PSA Peugeot Citroën en 2010. Alors que Renault était accusé de délocaliser sans vergogne la fabrication de sa Clio en Turquie, le chef de l'Etat avait cité en exemple Philippe Varin, le président de PSA, qui, lui, parvenait à maintenir sa production en France.

Dix-huit mois plus tard, PSA est rattrapé par l'atonie du marché automobile en Europe, qui met en évidence ses coûts de production trop élevés face à des concurrents largement implantés en Europe orientale. D'où ces coupes claires.

Car en matière d'industrie automobile, comme dans d'autres domaines, il n'y a pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre, les citoyens modèles et les barbares. Il n'y a que les constructeurs qui sont compétitifs et ceux qui ne le sont pas.

Pour PSA Peugeot Citroën, l'équation est simple. Le groupe mise sur une stratégie de montée en gamme, qui doit lui permettre à terme de vendre plus cher ses modèles. Volkswagen a réussi ce virage dans les années 1990. Le problème, c'est que cela prend du temps. Or en attendant que la -stratégie porte ses fruits, PSA doit affronter une guerre des prix sans pitié sur les petites voitures.

Renault, qui fabrique sa Twingo en Slovénie, peut se permettre des ristournes. En revanche, PSA part avec un handicap sur ses prix de revient de 10 %. Philippe Varin a tenté de maintenir ses prix. En vain. Face au reflux de leurs parts de marché, Peugeot et Citroën ont été obligés de rentrer dans la guerre des prix. Résultat : la branche automobile du groupe va perdre de l'argent sur les six derniers mois de 2011.

Délocalisation ou suppression d'emplois, l'industrie automobile française doit sortir de ce dilemme mortifère. Il n'y a pas de déterminisme. Volkswagen, positionné sur les mêmes segments de marché que PSA ou Renault, arrive à produire en Allemagne, ce qui ne l'empêche pas, mois après mois, de conforter sa place de leader en Europe, tout en s'assurant des marges confortables. Le secret ? La compétitivité de l'industrie allemande. Tant que la France ne se sera pas remise à niveau, on continuera à gloser sur la " citoyenneté " des uns ou des autres.

Par Stéphane Lauer

 

Source: Réseau.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:38

Des brigades anti-criminalité (BAC) dont les insignes exhibent, au choix, les barres d’une cité prise dans la lunette de visée d’un fusil, des meutes de loup devant des tours d’habitation, une panthère déchirant de ses griffes un quartier plongé dans l’obscurité ou une araignée emprisonnant dans sa toile un ensemble d’immeubles.

Des policiers qui, sous la pression du chiffre, n’exercent pas le métier auquel ils aspiraient. Des hommes en uniforme qui, au lieu d’attraper les «voyous» et les «voleurs», multiplient les petites interpellations sur des «shiteux» et des sans-papiers. Des agents en civil qui s’ennuient et ennuient, voire harcèlent, les habitants des quartiers, surtout lorsqu’ils sont jeunes et issus de l’immigration.

Des unités souvent xénophobes, racistes et adeptes de pratiques discriminatoires. Des modes d’intervention, en patrouille motorisée, inefficaces, qui ne répondent ni aux attentes des habitants, ni à l’exigence de lutte contre la délinquance.

Des pratiques qui relèvent souvent d’une logique «postcoloniale» où la référence à la guerre d’Algérie est rarement loin. Des comportements policiers dont les déviances individuelles et institutionnelles échappent au contrôle démocratique.

Des forces de l’ordre qui constituent donc, dans les banlieues, un instrument du maintien de l’ordre social, plus que de l’ordre public…

 

C’est un livre en forme de réquisitoire sur l’action des BAC dans les cités françaises que Didier Fassin, professeur de sciences sociales à Princeton, publie aujourd'hui. Dans La Force de l'ordre, une anthropologie de la police des quartiers, le constat est tellement sombre, à la fois sur les plans éthique, politique et sécuritaire, qu’on regrette que Didier Fassin n’ait pas eu l’autorisation de poursuivre, sur d’autres terrains et avec d’autres unités, une enquête inédite menée pendant 15 mois, entre 2005 et 2007, avec une BAC de la région parisienne.

 

Comment cette enquête sur les brigades anti-criminalité a pu être menée ? Vous n’avez pas pu aller jusqu’au bout et vous allez jusqu’à parler de censure…

DIDIER FASSIN.

 

Grâce à l’autorisation que m’a donnée un commissaire de circonscription de la région parisienne, de 2005 à 2007, j’ai eu la chance de pouvoir travailler sur la manière dont les policiers interviennent dans les quartiers, dans des conditions de grande indépendance et de réelle liberté. Mais c’est une opportunité que je n’ai jamais pu retrouver ailleurs et, lorsque j’ai voulu prolonger mon enquête, toutes les autorisations m’ont été refusées, jusqu’au niveau du ministre lui-même.

On peut effectivement imaginer que ce livre ne plaira pas à l’institution policière…

Pourtant, les politiques sécuritaires pèsent non seulement sur les populations qu’elles ciblent, mais aussi sur le travail des forces de l’ordre elles-mêmes. Mon livre peut donc rendre service aux policiers ou à leurs représentants, afin de faire entendre ce qu’eux-mêmes ne pourraient dire sans risque de sanctions très dures. J’espère donc qu’il sera lu comme une contribution à une meilleure inscription démocratique de l’activité des policiers.

 

Comment expliquer qu’en Grande-Bretagne, la police soit beaucoup plus sous la toise de la démocratie, alors qu’en France vous parlez d’un «petit Etat d’exception, jamais proclamé, qui a été instauré» ?

 

BAC de CourbevoieBAC de Courbevoie

 

La police française est une relative exception dans les démocraties. Dans celles-ci les forces de l’ordre sont censées être au service de la population. Elles sont souvent recrutées localement et ont des comptes à rendre aux représentants des collectivités locales. En France, c’est l’exact inverse : la police est au service de l’Etat et non de la population, et même de plus en plus, depuis quelques années, au service du gouvernement. Son recrutement est national et les affectations sont souvent lointaines, comme pour les professeurs du secondaire. Ce qui crée un décalage profond entre la police et les communautés dans lesquelles elle intervient.

Le déficit démocratique se manifeste également dans la difficulté à mettre en jeu le contrôle du travail policier. Pour l’essentiel, les forces de l’ordre françaises ne sont soumises qu’à leur propre regard, c’est-à-dire celui de l’encadrement, voire des commissions de discipline, rarement à la police des polices, exceptionnellement à la justice et jamais à la surveillance des parlementaires.

Il n’y a, par exemple, eu aucune commission d’enquête indépendante sur les événements de Villiers-le-Bel ou de Clichy-sous-Bois, alors qu’aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, lorsque de semblables événements se sont produits, des commissions, ayant un très large écho public, ont conduit des investigations et des auditions, qui ont mis en cause la responsabilité de la police, en tant qu’institution, et non en ciblant les individus. Ces commissions ayant débouché sur d’importantes réformes.

Vous parlez de décalage, mais les gardiens de la paix sont généralement issus des milieux populaires ?
Ils sont en effet socialement peu différents des habitants des quartiers dans lesquels ils interviennent. Mais une partie importante de la population de ces quartiers est d’origine immigrée (maghrébine ou subsaharienne pour l’essentiel) alors qu’eux-mêmes viennent le plus souvent de petites villes ou de zones rurales, souvent du nord de la France: ils sont un peu les enfants de la désindustrialisation de cette région.

Leur vécu ne les a donc pas du tout préparés à se trouver dans des cités, ce qui crée une discordance importante. D’ailleurs, les rares policiers, d’origine immigrée ou non, qui ont vécu eux-mêmes dans des quartiers populaires ont, souvent, une attitude très différente de leurs collègues et savent mieux que leurs collègues faire la part entre les «voyous» et les «honnêtes gens», comme ils le disent.


Y a-t-il un problème spécifique aux BAC, ou avez-vous observé les mêmes méthodes d’intervention et de rapports avec la population lors de patrouilles avec des policiers en tenue ?

Le schéma général d’intervention de la sécurité publique est celui de la patrouille en voiture, c’est-à-dire de la circulation à petite vitesse dans les cités ou les centres villes, en véhicule sérigraphié ou banalisé, pour repérer d’éventuels délits en train de se commettre. Comme il ne s’en commet pas, en tout cas pas devant les policiers, cela se résume à une surveillance de ces territoires et des contrôles d’identité, dans l’attente d’appels d’habitants qui restent rares.

Cette pratique est la même dans une unité de sécurité publique ordinaire, avec des fonctionnaires en tenue, ou dans une BAC, dont les membres sont en civil. La différence est que les BAC se revendiquent comme étant les «durs»,ceux qui font peur. Sur des affaires délicates, les BAC renversent immédiatement le rapport de forces. Ce qui faisait dire à un commissaire de la région parisienne qu’elles étaient un «mal nécessaire».

 

La «peur du gendarme» n’est-elle pas une composante de l’activité policière ?

Toute la question est de savoir si la police doit être crainte ou respectée. Il est très difficile de concilier les deux. Une police qui ne fonctionne que dans l’intimidation ne fonctionne pas à l’autorité, mais à l’usage souvent excessif de la force, et donc dans une forme d’oppression sur les populations.

Les habitants des quartiers populaires en sont eux-mêmes conscients, puisqu’on apprend aux enfants à ne jamais «répondre aux provocations de la police», selon leurs termes. Je donne plusieurs exemples de policiers circulant lentement dans les cités et insultant des jeunes par la vitre de leur véhicule. Il y a là un jeu dangereux, qui met en péril l’ordre public.

 

En général, on dit que ce sont les jeunes qui provoquent les policiers. J’essaie de montrer que l’inverse est aussi vrai. Les provocations des jeunes ne peuvent se produire que de loin et en groupe, parce que cette situation leur permet de fuir. En revanche, les provocations des policiers sont principalement individuelles, dans des rapports de forces inégaux, puisque la moindre provocation serait requalifiée en outrage ou rébellion.

Comment expliquer que cette expérience «ordinaire» des rapports avec la police dans les quartiers populaires soit mal connue?

Ce qui était au principe presque éthique de ce livre, c’est d’essayer de rendre visible ce qui se passait si près de chez nous et que nous méconnaissons totalement, pour deux raisons. D’une part, la ségrégation des territoires fait qu’il est tout à fait possible de ne pas voir ce qui se passe là. De l’autre, la seule voix qu’on peut entendre sur ses sujets, est celle des autorités publiques, et très rarement celle des habitants. Je rends donc compte de situations qui sont extrêmement familières à une minorité de la population, mais inconnues de la majorité. Il s’agit de corriger, en partie, cette double injustice qui consiste à être soumis à des injustices et, en plus, de ne pas pouvoir les faire connaître.

Il s’agissait pour moi aussi de montrer qu’intervenir dans des cités, et notamment faire des contrôles sur l’apparence physique des personnes dans le RER ou des lieux publics ne se fait pas simplement à l’initiative des policiers. C’est d’abord le produit d’une ségrégation spatiale, de discriminations à l’égard des immigrés et, depuis deux décennies, de politiques sécuritaires dans lesquelles habitants et policiers se trouvent pris en otage.

 

 

Vous racontez des scènes très choquantes comme ces écussons avec une toile d’araignée enserrant des tours, des échanges racistes, des pratiques discriminatoires, etc. Dans quelle mesure les modes d’intervention catastrophiques de la BAC que vous avez observée, dont le chef était particulièrement xénophobe, peuvent-ils être représentatifs du travail de la police dans les quartiers ?

 

BAC de NanterreBAC de Nanterre

 

Les écussons que je décris, par exemple des mires de fusil sur des tours de cités, des loups ou des tigres bondissants sur des quartiers, concernent l’ensemble des BAC, avec probablement une sorte de concurrence à produire les iconographies les plus originales ou violentes. On ne peut pas en inférer des pratiques. De la même façon, ce n’est pas parce que des gens tiennent des propos racistes, avec des plaisanteries entre eux, qu’ils agiront de façon discriminatoire sur le terrain. Mais il se trouve que, dans le cas observé, les écussons et les propos racistes vont avec des pratiques agressives et discriminatoires.

Comme il s’agit de la première étude ethnographique sur une BAC, je ne peux pas prétendre à la représentativité. Ce n’est d’ailleurs pas l’objet de l’anthropologie que de présenter des résultats statistiquement représentatifs : il s’agit plutôt d’approfondir des situations pour les comprendre. Néanmoins, un certain nombre d’indices montrent que ce que j’ai observé ne semble pas l’exception, mais plutôt la règle. Des représentants syndicaux, des commissaires de circonscription, des hauts fonctionnaires de la direction centrale de la sécurité publique m’ont spontanément fait part de types d’intervention très proches de ce que j’ai vu. Certaines BAC font d’ailleurs parfois l’objet d’efforts réels de réformes de la part de leurs supérieurs.

Toutefois, la manière dont les BAC sont constituées, autour d’un chef qui a la main sur le recrutement, donne une importance particulière à la personnalité de ce chef. Il existe une logique structurelle propre aux BAC, notamment leur exceptionnelle autonomie vis-à-vis de la hiérarchie.

Bien sûr, il y a des policiers d’extrême droite, ce qui n’est évidemment pas spécifique à ce métier. Mais il se trouve que c’est plus ennuyeux lorsque ces fonctionnaires interviennent, de manière ostentatoire, avec des signes exhibant leur appartenance à des groupuscules ou leurs affinités avec des groupes d’extrême droite. Je ne parle pas seulement du Front National, mais de policiers portant des T-shirt avec des casques francs et les chiffres 732, date, nous apprennent les manuels scolaires, où Charles Martel «arrêta les Arabes à Poitiers».

Comment expliquer que les interventions des BAC soient non seulement discriminantes mais semblent, aussi, totalement inefficaces ?
Pas inefficaces sur tous les plans, puisqu’elles confirment la nécessité de politiques sécuritaires et répressives sur certains quartiers. Et, sur le plan communicationnel, elles permettent au gouvernement d’afficher de bons chiffres.

Maintenant sont-elles efficaces par rapport aux attentes de la population et des policiers, à savoir réduire la criminalité ? De nombreuses études menées aux Etats-Unis sur les patrouilles proactives, c’est-à-dire celles qui circulent de façon aléatoire et vont au devant de la population au lieu de se contenter de répondre aux appels, montrent que ces patrouilles ne réduisent ni la délinquance, ni le sentiment d’insécurité des habitants.

Dans les banlieues françaises, la délinquance est en outre moindre que ce qu’on entend. Sur les cinquante dernières années, la criminalité a très nettement diminué. Et c’est vrai aussi de l’ensemble des atteintes aux biens et aux personnes, à part quelques délits particuliers, comme les vols de téléphone portable. De façon encore plus surprenante, les territoires ciblés par la police, notamment les zones urbaines sensibles (ZUS), n’ont pas des taux de criminalité et de délinquance supérieurs au reste de l’agglomération dans laquelle elles se situent. Le ciblage sur ces quartiers n’a pas de raison d’être du point de vue de la sécurité publique.

En France, depuis le début des années 2000, on multiplie les dispositifs de type BAC, sans jamais les évaluer, ni faire la preuve de leur efficacité. C’est une situation étonnante, sauf à considérer que l’objectif n’est pas d’ordre public, mais d’ordre social.

 

 

 

BAC de Seine-Saint-DenisBAC de Seine-Saint-Denis

Il y a pourtant, de la part de ces mêmes habitants des banlieues, une réelle demande de présence policière ?

 

Si les policiers avaient une autre connaissance de ces quartiers, ils découvriraient que les habitants ont des attentes fortes envers une police qui résoudrait les problèmes rencontrés au quotidien. En dépit de nombreux évènements qui se sont produits, la police est l’une des institutions françaises qui a l’image la plus positive dans la population, même en Seine-Saint-Denis où les résultats, certes moins bons, restent positifs.

Mais les policiers ont beaucoup de mal à voir des alliés dans ces habitants, même quand ils se manifestent en leur indiquant des lieux «où il se passe des choses le soir». Globalement, ça ne change pas leur idée que les gens des quartiers sont leurs ennemis.

Lors d’intervention de type punitif, en représailles de la provocation d’un jeune, par exemple, cette méconnaissance les conduit à ne plus effectuer aucune différence entre les personnes à poursuivre et les habitants. C’est donc tout le quartier «qui prend», alors que seuls quelques jeunes ont causé des troubles, pour lesquels les habitants ont peut-être même téléphoné au 17 ! Après des incidents, les gens me disaient souvent : «Si c’est pour que ce soit encore pire qu’avant, ce n’est pas la peine d’appeler la police». Et les associations d’habitants qui tentent de créer des liens avec ces jeunes, pour améliorer leur environnement, par exemple en tentant d’éviter les tags, se plaignent aussi d’une destruction de ce travail quotidien. C’est ainsi que les policiers peuvent même maltraiter les éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, souvent jeunes et d’origine immigrée, comme les autres adolescents dont ils ont la charge, alors que ces éducateurs sont du côté de la justice.

C’est le tragique de la situation : il existe un besoin de sécurité de la part des habitants des quartiers, mais, au quotidien, les forces de l’ordre font un travail qui n’améliore pas, voire parfois dégrade, la situation sécuritaire.

 

Qu’apportent les termes de « situation postcoloniale » pour décrire l’interaction entre la police et les habitants dans les banlieues françaises ?

J’ai voulu, ainsi, souligner les conditions historiques et politiques qui déterminent la manière dont se fait aujourd’hui le travail de la police dans les quartiers sensibles. Du côté policier, on a une représentation caricaturale, utilisant un vocabulaire où les ZUS sont des «jungles» et les jeunes des «sauvages», s’agissant de populations principalement originaires d’anciennes colonies de la France. Par ailleurs la référence à la guerre d’Algérie se retrouve aussi bien sur le terrain dans certains dialogues que chez les conseillers des différents Ministres de l’intérieur qui se succèdent depuis vingt ans, avec un imaginaire martial, et un type d’intervention, qui se situe du côté de la militarisation de la force publique en lutte contre une guérilla. Le recours à l’état d’urgence pendant les émeutes de 2005 a du reste été le premier depuis la guerre d’Algérie…

Je ne veux certes pas tomber dans la caricature. Mais on ne peut pas négliger, compte tenu de l’importance de la dimension à la fois raciale et, dans certains cas, raciste de l’intervention, cette dimension proprement postcoloniale. Elle est d’ailleurs revendiquée comme telle par les acteurs. Il ne s’agit pas d’une construction d’anthropologue. Ce sont les choses telles qu’elles sont vues dans le regard des policiers.



La police constitue-t-elle un monde particulièrement difficile à enquêter ?

C’est difficile du point de vue des autorisations. Cela explique la rareté des travaux d’observation, que le fondateur, en France, d’une sociologie de la police, Dominique Montjardet, avait déjà soulignée. Mais, ensuite, une fois autorisé par l’institution, je dois dire que les policiers ont toujours facilité mon travail. Je n’ai jamais senti de résistances, comme cela avait pu être le cas lorsque je travaillais avec des psychologues, par exemple. Les policiers avaient ordre de m’accepter dans leur brigade, et ils étaient extrêmement courtois. On sortait ensemble sur le terrain, ils ne cherchaient pas à me cacher des choses, même s’ils ne montraient pas forcément tout. La difficulté n’a donc pas été l’enquête, mais l’écriture.

Comment, en effet, rendre compte de la violence de ces situations et de ce décalage entre la réalité telle qu’elle était présentée partout (dans les séries télévisées, dans les discours politiques, dans les statistiques) et ce que j’observais ? Et comment faire ce travail de façon critique sans que cela ne devienne une dénonciation ou une accusation directe des policiers, y compris de certains fonctionnaires d’extrême droite avec lesquels j’ai travaillé. J’ai eu la préoccupation de garder une loyauté à l’égard des gens qui m’ont laissé faire ce travail, quand bien même je faisais une analyse critique de leur travail.

 

Cet ouvrage, dont vous écrivez que vous ne le destinez pas seulement à un public de sciences sociales, possède toutefois un ton singulier, à la fois grave, noir et sans concession, notamment à travers cette scène d’ouverture qui offre le spectacle de policiers aussi inefficaces que xénophobes. Est-ce un effet des situations que vous avez pu observer ? Est-ce le fruit d’une inquiétude démocratique nouvelle ?

J’ai essayé de faire une «anthropologie publique», un terme qui n’existe pas en France, c’est-à-dire de combiner les deux sens du mot ethnographie. Le travail d’enquête, l’observation, d’une part. Et la graphie, l’écriture, d’autre part. Et de procéder, pour cela, sans faire de la vulgarisation, mais en trouvant une façon de raconter et d’expliquer qui soit accessible à un public plus large que celui des sciences sociales, parce que c’est un problème qui touche toute la société, même ceux qui ne vivent pas dans ces quartiers. J’espère, bien sûr, que les policiers aussi me liront.

La perspective de ces lectorats multiples est la raison pour laquelle j’ai eu beaucoup de mal à écrire ce livre. J’ai longtemps pensé que je n’arriverais pas à trouver le ton juste. Mais je suis conscient d’avoir essayé de tenir quelque chose d’impossible à réaliser. D’une part une loyauté vis-à-vis de la société et du type de choses que j’avais vues, et qui me semble être, effectivement, de l’ordre d’un souci démocratique. Et d’autre part, une loyauté vis-à-vis des policiers. Mais l’enjeu me paraissait tellement important, que m’aliéner certains policiers, comme ce sera bien sûr le cas, m’apparaissait au fond de peu d’importance, par rapport au projet de restituer une réalité à laquelle j’ai eu le privilège d’accéder, et sur laquelle je me suis senti tenu à une forme de responsabilité.

 Mais, du coup, vous décrivez votre posture d’anthropologue avec une formule, à la fois séduisante et en forme de pirouette, «d’observation non participante», différente de vos enquêtes précédentes…

 

 

Oui, car si j’ai partagé beaucoup de choses avec les enquêtés, c’était un partage avec une certaine distance et une certaine réserve, indépendamment même de toute forme de jugement ou de la fréquente désapprobation de ce qui se pouvait se passer. Quand je travaillais avec des populations indiennes en Equateur ou avec des malades du sida en Afrique du Sud, je pouvais avoir une relation directe avec eux, et je pouvais intervenir parfois dans leur vie, parce qu’on partageait beaucoup de choses.

Dans le cas de la police, il aurait été déplacé, de mon point de vue, d’intervenir en quoi que ce soit, aussi bien pour dire quelque chose que j’aurais vu et qu’ils n’avaient pas vu, ou pour collaborer de quelque façon que ce soit, que pour commenter des scènes ou des propos qui m’auraient choqué.

La discrétion de ma présence était d’ailleurs facilitée par le fait que j’ai surtout travaillé avec la BAC, donc avec des policiers en civil, ce qui permettait que je ne sois pas trop identifiable. C’était donc une observation stricte, qui n’était pas«participante». Même si je ne nie pas le fait que se trouver dans un véhicule modifie les pratiques. Plusieurs fois, les policiers m’ont dit : « si vous n’aviez pas été là, celui-là, il aurait passé un mauvais quart d’heure… »

Les émeutes qui se sont produites cet été en Grande-Bretagne, et la mise en cause de la réaction policière, ne remettent-elles pas en cause l’idée que la police britannique, plus représentative ethniquement de la population que la police française, serait mieux à même d’intervenir dans les banlieues ?

Je tiens d’abord à faire la part des choses entre le quotidien sur lequel j’ai travaillé et des situations d’émeutes qui sont des moments d’explosion particuliers, entraînant des interactions particulières entre les habitants et la police. Mais, effectivement, quand il y a eu des émeutes aux Etats-Unis, on a dit que c’était leur société et leur police qui étaient en cause. Puis il y a eu plusieurs émeutes en France et les Britanniques ont dit, «regardez, c’est leur police et son rapport à la population…» Et on se rend compte qu’il y a eu aussi des émeutes en Grande-Bretagne…

Donc on voit que le rapport de la police avec des territoires particuliers, qui se caractérisent pas l’existence de milieux populaires appartenant à des minorités raciales, revêt une configuration structurelle dans de nombreux pays. Les modes d’intervention de la police dans ces territoires vont au-delà des différences nationales. Pour la Grande-Bretagne, le modèle ancien du «bobby» sans arme, circulant à pied dans les quartiers populaires, a vécu. On a assisté au cours des dernières décennies à une évolution internationale, le policier se rapprochant désormais plus du«cop» américain que du «bobby» britannique.

 

Qu’est-ce qui pourrait faire évoluer une situation d’interaction entre la police et les quartiers de banlieue que vous décrivez comme, à la fois, ennuyeuse pour les policiers, inefficace pour lutter contre la délinquance, injuste pour les habitants et dangereuse pour la démocratie ?

 

 

D’abord la volonté d’un personnel politique qui serait préoccupé par ce qui se joue aujourd’hui dans les banlieues, autrement qu’à travers le seul prisme de l’insécurité et de la répression qui en est la réponse. Cela suppose donc un changement de langage, et même d’idéologie, politique.

Mais, deuxièmement, rien ne se fera sans les policiers, leurs syndicats, leurs représentants, leurs supérieurs. J’ai l’impression qu’il y a une attente de changement dans leurs rangs - et d’ailleurs les résultats aux élections professionnelles le montrent – pour qu’on cesse de faire faire aux policiers un métier qui n’est pas le leur. Aujourd’hui, l’action policière se consacre moins à la délinquance qui gêne les habitants que contre des délits mineurs provoquant peu de nuisances, comme l’usage de cannabis ou l’absence de titre de séjour pour les étrngers. Cela «fait du chiffre», puisque ce sont des infractions où l’interpellation du suspect implique, automatiquement, la résolution de l’affaire.

Troisièmement, même si elles sont très modestes en France, les résistances ou les mobilisations de citoyens et d’habitants, parfois sur la base de communautés locales, peuvent jouer un rôle important.

 

 

A lire deux extraits : l'un sur la réaction disproportionnée de policiers à un canular, l'autre sur une intervention aux abords d'un foyer de la PJJ.

 

Source: Médiapart.

 

 
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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 12:39

 

 

 

 

La peine du jeune Franco-Palestinien se termine le 28 novembre. Les autorités françaises doivent faire pression sur Israël pour que sa libération soit effective à cette date.

La persévérance de tous ceux qui soutiennent Salah Hamouri n'a pas été vaine. Plus personne ne peut maintenant faire l'impasse sur son sort, même si, du côté de l'Élysée, on ne prononce encore son nom que du bout des lèvres. D'ailleurs, les services de Nicolas Sarkozy, interpellés par l'Humanité, n'ont toujours pas daigné répondre. Nous demandions simplement ce que le président de la République comptait faire pour obtenir la libération de Salah Hamouri, lui qui s'est tant dépensé pour Gilad Shalit ou pour Florence Cassez, la Française détenue au Mexique pour enlèvements. Nicolas Sarkozy n'a jamais reçu ès-qualités la famille de Salah Hamouri, ce qui témoigne en soi d'une différence de traitement.

Mercredi, nos confrères de France Inter recevaient le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Celui-ci a affirmé être intervenu la veille, auprès des autorités israéliennes pour obtenir la libération « le plus vite possible » de Salah Hamouri, détenu en Israël depuis plus de 2400 jours. «Cela fait des années que la France et le président de la République demandent à ce qu'il bénéficie d'une remise de peine. Les autorités israéliennes ne l'ont pas voulu jusqu'à présent», a dit le ministre des Affaires étrangères. Autant dire que la France n'exerce pas toutes les pressions possibles sur Israël. La preuve, il aura fallu attendre la libération de Gilad Shalit pour que Nicolas Sarkozy prononce le nom de Salah Hamouri.

Pour Denise Hamouri, «Salah a une date de sortie légale le 28 novembre, et tout ce qu'on demande, c'est de faire en sorte qu'il sorte à la date prévue, puisque Nicolas Sarkozy n'a rien pu faire pour qu'il sorte avant». C'est bien toute l'ambiguïté des autorités françaises qui continuent à faire comme si la condamnation de Salah était légale, ce qui reviendrait à reconnaître les tribunaux militaires d'occupation, qui ne sont rien d'autres que des tribunaux d'exception. «C'est bien le 28 novembre qu'il faut retenir pour la sortie de Salah, même si les autorités israéliennes tentent de faire croire que la libération n'est pas prévue avant le 12 mars 2012», comme le rappelle Jean-Claude Lefort, président de l'Association France Palestine Solidarité et coordinateur du Comité national de soutien à Salah Hamouri, qui précise que le jugement porte «noir sur blanc la date du 28 novembre 2012», comme date de fin de peine.

Pierre Barbancey

 

Document officiel de la Croix Rouge Internationale (CICR)
qui indique précisément que Salah devra effectuer
6 ans, 8 mois et 15 jours
de prison,
et donc par simple calcul depuis le jour de son arrestation,
il est libérable le 28 novembre 2011

 

 

Le Mouvement des jeunes communistes de France organise
un rassemblement devant le Quai d'Orsay,
ce vendredi 28 à 18 h 30
pour exiger la libération de Salah Hamouri.

 

Source: L'Humanité.

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 19:03

Alors que l'agence Moody's menace de dégrader la note «triple A» de la France, des associations et organisations syndicales lancent ce mercredi un «appel pour un audit citoyen de la dette publique» (il est à lire ici), publié en exclusivité par Mediapart, pour en finir avec les «discours culpabilisateurs» sur l'endettement. «Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes, dans le cadre d'un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun», lit-on dans le texte, issu d'un collectif constitué d'une quinzaine de structures (CGT, FSU, Attac-France, Fondation Copernic, Ligue des droits de l'homme, etc.).

Parmi les premiers signataires de l'appel, figurent des économistes «atterrés» (André Orléan, Philippe Askénazy, Frédéric Lordon...), des philosophes et sociologues (Etienne Balibar, Alain Caillé, Dominique Méda...) ou encore des personnalités, comme Stéphane Hessel et Ariane Mnouchkine. Il est également soutenu par le Parti de gauche, le Parti communiste et le NPA.

Le projet consiste à passer en revue les strates de la dette française, accumulée depuis des décennies, «pour ne pas laisser aux autorités le discours sur la dette», insiste Frédéric Lemaire, de l'association Attac. Avec quelque 1.600 milliards d'euros, la dette française dépasse 85% de son PIB. Elle est le pays noté «triple A» dont les comptes publics sont les plus dégradés.

Ce collectif s'inspire d'une pratique, l'audit de la dette, déjà testée dans plusieurs pays ces dernières années. L'expérience la plus spectaculaire concerne l'Equateur, lorsque son président, Rafael Correa, avait mis sur pied, en 2007, une «commission d'audit», concluant à l'«illégitimité» d'une partie de la dette équatorienne. A la lecture des conclusions du panel, Correa avait décidé de suspendre 40% environ des remboursements de sa dette à l'international (lire notre article sur Mediapart).

La commission équatorienne avait identifié des tranches de dettes «illégales» (lorsque le contrat signé est jugé contraire au droit, national ou international), «odieuses» (lorsque le gouvernement qui les a contractées, en son temps, n'était pas démocratique) ou encore «illégitimes» (par exemple lorsque l'on vole au secours, sans condition, de banques privées).

 

Y a-t-il de la dette «illégitime», en France?

 

De manière plus confidentielle, des expériences d'«audit citoyen» de la dette sont en cours au Brésil, mais aussi en Grèce et en Irlande (lire leur audit ici) depuis le printemps 2011, et en Espagne depuis octobre. La dynamique devrait également s'enclencher au Portugal en décembre. Ces collectifs-là n'engagent en rien l'exécutif de leur pays, et les chances sont minces de voir un gouvernement s'emparer de leurs conclusions. «Il s'agit avant tout de lancer un débat public, sans présager de l'issue du débat», explique Frédéric Lemaire.

 

En Grèce, certains prêts, contractés pendant la dictature des colonels, pourraient être contestés. Et la légitimité d'une partie de la dette grecque, qui fut maquillée, au cours des années 2000, avec l'aide de Goldman Sachs, pourrait aussi faire débat. En Irlande, les débats se sont concentrés sur le coût exorbitant du sauvetage des banques, en 2008.

En France, la question de la «légitimité» de la dette n'est pas si évidente, et le collectif à l'initiative de l'appel se garde bien d'aller aussi loin pour l'instant. Il se contente d'appeler à un débat public. Certains signataires de l'Appel plaident toutefois pour l'annulation de pans de la dette française, qu'ils jugent «illégitimes». «En Europe aujourd'hui, la dette n'est pas 'odieuse', au sens où elle a pu l'être dans les pays en développement, lorsqu'elle avait été contractée par des dictatures. Mais elle n'est pas pour autant légitime», fait valoir Cédric Durand, maître de conférences à l'université Paris-13.

«L'explosion de la dette publique en Europe est la conséquence immédiate, dans des proportions variables selon les pays, des plans de sauvetage du système bancaire et de relance de l'activité en 2008-2009, mais surtout des pertes de recettes liées à la crise. Une crise dont le site de déclenchement, sinon la source véritable, est la sphère financière. Dans le cas de la France, la dette est ainsi passée de 63,7% du PIB fin 2007 à 86,2% en juin 2011», poursuit-il.

Les partisans d'une annulation de blocs de la dette française identifient en fait deux zones grises à examiner de près:

  • Les plans de sauvetage des banques en 2008
  • Des avantages fiscaux concédés aux ménages les plus aisés et aux entreprises, en temps de crise («une fiscalité violemment anti-redistributive», dit Cédric Durand)

Aboutir à un premier chiffrage de ces deux strates pourrait être l'un des objectifs, à court terme, de ces «comités locaux», qui devraient se mettre en place en France, dans les semaines à venir, dans la foulée de l'Appel.

L'appel est à lire en intégralité en cliquant ici.

      
  • Source: Médiapart
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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 19:37

Au cas où Hollande aurait des doutes sur le cap à tenir dans la panique, au cas où il peinerait à discerner le bon chemin, heureusement, quelqu'un sait : c'est Françoise Fressoz, journaliste au Monde. Dans un étrange article, mi-analyse mi-édito, elle lui désigne du doigt le chemin à suivre, le seul : il doit être co-responsable, avec Sarkozy, de la note AAA de la France.

« Le pouvoir et le PS doivent cogérer le triple A de la France. » Ainsi est titré l'article, qui brode autour d'un thème classique : « Avec la crise qui s'aggrave, le projet du candidat ne peut pas être celui que le PS a adopté en mai. »

Remisez donc, Hollande, vos promesses irresponsables, votre rêve, et votre ré-enchantement. Fressoz a parfaitement le droit d'avoir les conceptions économiques qu'elle veut, et de penser que la voie Papandreou est la seule voie à suivre pour les Etats dans la tourmente de la crise de la dette.

Elle a parfaitement le droit de négliger le fait que la rigueur produit de la récession, que la récession produit du déficit, et que la solution Papandreou mène donc droit dans le mur. Elle a parfaitement le droit de répéter ce que répètent en boucle la totalité des éditorialistes des vieux médias. Elle a même le droit de ne pas lire son propre journal, dont un article dissonnant expliquait, voici quelques jours, qu'une dégradation n'est pas (forcément) synonyme de catastrophe.

La mission du journaliste français : guider le politique

N'empêche que ce titre (davantage que l'article lui-même, plus filandreux) est parfaitement révélateur de la tendance de fond du journalisme français. Le journaliste français n'a pas pour souci d'analyser, d'éclairer, de décrypter et de commenter les décisions du pouvoir, mais bien de le guider, de lui indiquer la marche à suivre, et de lui tenir, sur ce chemin, la bride courte.

Après tout, que savent ces irresponsables de Sarkozy et Hollande, élus au suffrage universel pour le premier, et par les sympathisants de gauche pour le second, que savent-ils de ce qui est bon pour le pays ? Fressoz le sait, elle, qui détient le prestigieux mandat de journaliste au Monde.

Remarquons enfin accessoirement que cette injonction de la presse au politique est toujours aussi unilatérale qu'à la grande époque du balladurisme triomphant. On attend avec impatience des éditos titrés par exemple « Le pouvoir et le PS doivent cogérer la nationalisation des banques », ou bien « Le pouvoir et le PS doivent cogérer une sortie ordonnée de l'euro ».

Le Monde s'est débarrassé d'Alain Minc, mais la pensée unique a de beaux restes.

Daniel Schneidermann

 

Source: Rue 89.

 

 

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 19:32

 Après quarante deux ans de dictature, les femmes libyennes vont-elles être placées sous la férule d'une constitution qui les priverait de tous les droits élémentaires? La question se pose très sérieusement après les déclarations du Président du Conseil national de transition, selon lesquelles la législation du pays serait fondée sur la charia. Toute restriction à la polygamie contenue jusque-là dans la loi sur le divorce et le mariage sera levée, a précisé Monsieur Moustapha Abdeljalil.

Ceux-là même qui ont eu toutes les faveurs de la coalition militaire occidentale et en premier lieu celles des autorités françaises et du Président Sarkozy, ont donc l'intention de placer la moitié de la population sous le joug de règles archaïques. C'est insupportable! Les démocrates libyens doivent pouvoir compter sur notre solidarité active.

La vigilance, voire l'inquiétude, dont font part les représentants de la France et de l'Union Européenne ne saurait suffire. La démocratie ne peut se construire sur la négation des droits de la personne humaine. Il n'est pas urgent d'attendre pour voir, comme le préconisent ceux qui aujourd'hui se drapent dans le costume de simples observateurs! Il est urgent de condamner fermement et sans équivoque les intentions affichées par le chef du CNT. Toute autre attitude donnerait une nouvelle preuve de ce que, pour les autorités françaises et européennes, la défense des droits de l'homme et de la femme, est à géométrie variable et constitue un simple prétexte pour défaire un dictateur si longtemps apprécié, avec pour exclusive préoccupation l'intérêt financier des pétroliers.

 

Paris, le 25 Octobre 2011

Marie-George Buffet
Députée PCF de Seine-Saint-Denis

 

 

Source: L'Humanité.

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 12:29

«On a aidé l'automobile, on a aidé les banques. Moi, j'ai bossé 41 ans, et voilà que je me retrouve avec 400 euros par mois.» Marie est en colère. Cette secrétaire de 58 ans travaille depuis qu'elle a 17 ans.«En 2005, l'imprimerie où je travaillais a fermé. La restructuration a entraîné la suppression d'une dizaine de sites en France.» Par la suite, Marie a enchaîné les CDD. «Quand vous avez passé 55 ans, il faut s'accrocher car on ne vous fait pas de cadeaux, mais j'y suis arrivée»,dit-elle avec fierté.

Pourtant, depuis mars 2010, Marie n'a plus rien retrouvé. «A 57 ans, il faut croire que les entreprises ne voulaient plus de moi.» Avec ses 41 ans de cotisation, elle pensait partir sans problème à 60 ans. Mais la réforme des retraites est passée par là: Marie ne pourra pas faire valoir ses droits à la retraite avant ses 61 ans. Elle s'était un peu consolée en se disant que, d'ici là, elle pourrait au moins toucher l'allocation équivalent-retraite, une dotation de 1000 euros réservée aux chômeurs qui, comme elle, ont validé tous les trimestres nécessaires. Mais le 1er janvier 2011, l'AER a été supprimée. Marie vit désormais de l'allocation spécifique de solidarité, minimum réservé aux chômeurs en fin de droits: 460 euros les mois pairs et 471 les mois impairs. «Une injustice de plus», commente Marie.

Comme elle, plusieurs dizaines de milliers de chômeurs «seniors» se retrouvent dans l'impasse. Selon l'Unedic, plus de 50.000 personnes ont touché l'allocation équivalent-retraite en 2010, avant sa suppression. En septembre 2010, François Fillon avait chargé syndicats et patronat de rétablir un dispositif «équivalent», «pérenne pour les travailleurs les plus âgés».Mais les partenaires sociaux, qui gèrent l'assurance-chomage, n'avaient pas prévu de la financer, estimant que c'était à l'Etat de gérer les conséquences de sa réforme des retraites. Résultat: après plusieurs mois d'attente, le gouvernement vient d'annoncer une allocation transitoire de solidarité (ATS). Selon le ministère du travail, le décret devrait être publié «incessamment sous peu».

De loin, l'ATS ressemble à l'AER. Son montant est le même. De près, elle n'en est pourtant qu'un pâle ersatz. L'AER est en effet beaucoup plus restrictive. Pour l'obtenir, il faut cumuler bien des conditions, en plus de l'obligation d'avoir validé tous ses trimestres, déjà nécessaire pour obtenir l'AER:

Selon le ministère du travail, 11.000 personnes au total pourront toucher l'ATS d'ici 2014, date d'extinction de ce dispositif temporaire. «C'est un peu moins que l'AER», concède le service de presse. Un doux euphémisme. «A peine 4000 personnes par an alors que plus de 50.000 ont touché l'AER l'an dernier, ça ne répond pas du tout à la situation,s'insurge Eric Aubin, le M. retraites de la CGT. Un paquet de demandeurs d'emplois de moins de 60 ans n'entrent plus dans le dispositif alors qu'ils ont tous leurs trimestres validés! C'est de l'enfumage...»

«C'est un premier pas (...) mais il est très insuffisant et porteur de trop d'injustice sociale», estime le secrétaire national de la CFDT, Laurent Berger.

 

Retour au travail

 

© http://defenseaer.wordpress.com/

 

Tout à sa volonté affichée de ne rien faire pour encourager l'inactivité des seniors, le gouvernement laisse en effet sur le carreau des dizaines de milliers de moins de 60 ans, forcés d'attendre la retraite après une carrière complète avec les minima sociaux pour seules ressources. «La nouvelle allocation est loin de répondre à la problématique des seniors âgés de 58 à 60 ans qui se verront exclus du dispositif, déplore Monique Manca, présidente de l'association de défense contre la suppression de l'AER. C'est pourtant cette population-là qui va se trouver en grande précarité, parce que la réforme des retraites les touche de plein fouet. A 58 ans, certains bassins d'emploi, dont celui de Montbéliard où je réside, sont incapables de replacer les gens dans le milieu du travail.»

Mediapart a interrogé certaines de ces victimes peu entendues de la réforme des retraites. Isolés, ils s'entraident depuis des mois sur Internet et tentent d'alerter gouvernement, élus et médias. «Le gouvernement fait croire qu'il a rétabli l'AER, c'est dégueulasse», estime Maryse Mogenier. Cette habitante de Noisy-le-Grand âgée de 59 ans a connu plusieurs licenciements économiques. Elle est au chômage depuis 2008.«Et pourtant, j'en ai fait des sacrifices: pour le dernier boulot, j'avais même accepté de baisser mon salaire de 40%! Mais passé 55 ans, faut pas se leurrer, on ne veut plus de vous.» Depuis un mois, Maryse est en fin de droits. Réforme des retraites et suppression de l'AER oblige, elle ne pourra faire valoir ses droits à la retraite qu'à 60 ans et 4 mois, en mai 2012. D'ici là, elle n'aura pour seules ressources que les fameux 460 euros de l'ASS. «Je vais emprunter de l'argent à ma fille. Et encore j'ai de la chance: si j'étais née quelques jours plus tard, début 1952, j'aurais dû attendre quatre mois de plus!»

René Némoz, lui aussi, est très remonté. Intérimaire dans le bâtiment, âgé de 58 ans, il se dit «détruit» par une arthrose à l'épaule et au dos. René travaille depuis qu'il a 17 ans. D'intérims en CDD, entrecoupés de longues pauses «pour récupérer», il a épuisé ses droits au chômage. Né en 1953, René ne prendra sa retraite qu'à 61 ans. Et il devra attendre ses 60 ans pour toucher la nouvelle allocation annoncée par le gouvernement. D'ici là, pendant quinze mois, René devra se contenter de 460 euros par mois. «On nous laisse dans l'oubli et la précarité», dit René.

La réforme des retraites de 2010 prévoit bien la retraite à 60 ans pour ceux qui ont exercé un métier pénible, mais comme beaucoup d'autres, René n'a même pas tenté les démarches: la procédure est fastidieuse, et les critères si restrictifs qu'il est persuadé que c'est perdu d'avance.

D'autres se retrouvent même sans aucun revenu, car leur ménage a des revenus supérieurs aux plafonds de ressources de l'ASS. C'est le cas de Martine, 60 ans, cadre dans l'informatique au chômage depuis deux ans et demi, en fin de droits depuis un mois. «Avec le recul de l'âge légal, je me retrouve sans aucune ressource d'ici à début 2012. Alors bien sûr, j'ai mon mari... mais j'en veux vraiment beaucoup au gouvernement d'avoir renoncé à la suppression de charges sociales pour les entreprises qui emploient des seniors, pourtant prévue dans la réforme des retraites», explique-t-elle. De fait, cette exonération a été remplacée par une aide à l'embauche d'un contrat en alternance, un dispositif peu adapté aux cadres.

Çà et là, d'autres seniors ont eux aussi eu de mauvaises suprises, notamment ces salariés partis en préretraite qui risquent également de se retrouver en fin de droits... ou de devoir revenir travailler quelques mois pour attendre l'âge légal. Comme Joël Doutre: le 14 novembre prochain, ce Charentais, ancien du Crédit mutuel, va reprendre le chemin du bureau. Il était parti en préretraite en mars 2010, à 58 ans, après avoir signé un contrat de départ anticipé. «En théorie, ce contrat devait durer 5 ans: une période de 3 ans à temps plein dans l'entreprise payée 80%, suivi de deux ans à la maison payé au même tarif. Ça devait coïncider pile avec ma retraite pour mes 60 ans, en avril 2011. Mais avec la réforme, je dois travailler huit mois de plus.» Evidemment, Joël, gestionnaire de produits d'épargne, a été remplacé. La DRH lui a trouvé un poste au service documentation: il va scanner des documents en attendant la retraite. Comme lui, une soixantaine des 6000 salariés du Crédit mutuel Arkea (qui regroupe les régions Bretagne, Sud-Ouest et Massif central) sont concernés... «L'entreprise gère au cas par cas», explique-t-il.

Confrontées au même problème, d'autres entreprises comme Sanofi ou Michelin ont accepté de prolonger la prise en charge des préretraites, rapporte La Croix, afin d'éviter à leurs anciens salariés d'avoir à retravailler ou de se retrouver sans ressources.

Le groupe Renault, lui, n'a pas fait ce choix. En 2008, il lançait un grand plan de départ volontaires, prévoyant une indemnité, un congé de reclassement et une prise en charge par l'assurance chômage. Près de 5000 salariés avaient accepté, dont 1300 dans la seule usine de Sandouville (Seine-Maritime). Mais avec le recul de l'âge légal, certains vont se retrouver en fin de droits. La direction de Renault a assuré qu'elle réglerait la question «au cas par cas». «Ils n'ont pas exclu le retour de certains anciens salariés en intérim», explique Fabien Gache, délégué central de la CGT. D'après Nicolas Guermonprez, son collègue CGT de Sandouville, au moins 213 salariés sont concernés. «Certains risquent de se retrouver sans ressources pendant 18 mois. Et ce qui est sûr, c'est que très peu ont l'intention de revenir au boulot.» Les syndicats comptent bien mettre la pression sur l'entreprise pour la forcer à négocier.

Source: Médiapart
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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 22:13

Pour protéger sa délégation à Benghazi, l'Union européenne a choisi Jean-Pierre Chabrut, ex-responsable du Département protection et sécurité (DPS) du FN.

A l'hôtel Tibesti de Benghazi, transformé en nid d'espions depuis le début de la guerre en Libye, ils sont nombreux, ces derniers mois, à être venus graviter autour des chefs rebelles du Conseil national de transition (CNT).

Représentants diplomatiques, membres de l'ONU, de l'Union européenne, hommes d'affaires, humanitaires, ont élu domicile dans cet établissement aux allures post-soviétiques, situé au bord de la Méditerranée et au cœur du fief de la rébellion.


Jean-Pierre Chabrut (LinkedIn)

Aux côtés de ces « officiels », il y a également les « officieux », en particulier les agents des forces spéciales ou SMP (pour société militaire privée). Ceux qui assurent leur sécurité. Parmi eux, un personnage surgi d'un passé trouble : Jean-Pierre Chabrut, ex-responsable du Département protection et sécurité (DPS) du Front national.

Armés jusqu'aux dents

Pour mieux se fondre dans le paysage, ils ont adoptés des tenues civiles ou empruntent sur le terrain le style combattant à la « Mad Max », propres aux rebelles, et utilisent les mêmes armes que leurs troupes.

En se promenant au Tibesti, on croise tour à tour des militaires ou policiers réguliers qui se retrouvent à côtoyer les agents des SMP, anciens militaires reconvertis, vigiles et spécialistes de la sécurité, venus leurs donner « un coup de main ».

Tous sont armés jusqu'aux dents, le CNT qui a reçu des armes leur en distribue, après les fouilles de la frontière égyptienne de Saloum. Des privés viennent ainsi à la rescousse du Groupe d´intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) chargé de la sécurité de l'ambassadeur « extraordinaire et plénipotentiaire » de la République française, Antoine Sivan, et « déblayent le terrain » en amont.

Les personnalités en visite, comme John McCain, candidat malheureux à la présidentille de 2008 et premier Américain à faire le déplacement, ou Catherine Ashton, Haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, y ont également recours. L'Union européenne a placé ses membres en Libye sous la protection de ses agents de l'Eufor (la force opérationnelle de l'Europe), mais pas seulement…

Jean-Pierre Chabrut, le choix de l'Europe

L'Union européenne s'est dotée d'un « privé » au profil inattendu. Pour protéger sa délégation, l'Europe a fait un drôle de choix en se tournant vers Jean-Pierre Chabrut.


Des membres du DPS au défilé du 1er mai 2007 du FN (Marie-Lan Nguyen/Wikimedia Commons/CC)

L'ancien commandant d'infanterie de Marine, s'était fait connaître lors de son audition en 1999 dans le cadre de l'enquête parlementaire sur l'agissement et le fonctionnement du DPS, après des incidents en marge des manifestations. La confusion avec les forces de police était savamment entretenue par ses hommes, anciens policiers, militaires et vigiles aux crânes rasés.

Dissout depuis la scission Mégret-Le Pen, le DPS servait d'appareil de renseignement interne pour son président et ressemblait d'avantage à une garde prétorienne qu'à un service d'ordre.

Chabrut avait succédé à Bernard Courcelle à la tête du DPS. Interrogé par la commission sur ses liens avec Le Pen, Chabrut répondait alors fièrement :

« Je dépends directement du président, M. Jean-Marie Le Pen, “point-barre” comme on dit à l'armée ! »

Et lorsqu'il déballait son CV, il avouait à mots couverts avoir fréquenté des membres de la société Groupe onze international (GOI), une SMP qui a changé maintes fois de nom, fondée par Nicolas Courcelle, frère de Bernard, ancien légionnaire parachutiste, garde du corps du marchand saoudien de canons Akram Ojjeh et proche de Bob Denard (le beau-frère des Courcelle, Christian Bègue, était lui le « lieutenant Etienne » aux Comores dans la bande du légendaire mercenaire français).

Quand GOI recrutait des mercenaires d'extrême droite pour le Congolais Mobutu, Chabrut se chargeait en Angola, pour le compte d'une filiale, la SIA, de la sécurité des agents d'ELF et l'or noir… Depuis, silence radio.

Un recyclage version « Lawrence d'Arabie »

Avec le déclenchement de la guerre en Libye, Chabrut se recycle et ne perd pas ses bonnes habitudes, mais cette fois dans une version à la « Lawrence d'Arabie ».

Sur sa page du réseau social professionnel LinkedIn, Chabrut déclare résider en Egypte, où il serait chargé d'« enquêtes et de sécurité ». Dans ses contacts, un panel de patrons de sociétés de sécurité, d'intelligence économique, de logistique, etc. Ainsi qu'une recommandation personnelle où il vante les mérites d'un ancien policier égyptien.

Ce dernier se décrit comme un « officier de protection de l'Union européenne ».

Anciens légionnaires, militaire du 13e RDP (le régiment de renseignements extérieurs), du 13e RPIMA (parachutistes d'infanterie de Marine), anciens de l'Académie de police de Moubarak (dont les policiers sont au chômage technique depuis la chute du président égyptien), Libyens recrutés directement auprès du CNT : Chabrut a reconstitué son équipe.

Directement armés par le CNT, selon une source proche du conseil, ses hommes naviguent au Tibesti, assurant la protection du bureau de liaison de l'UE, de leurs délégués, et parfois d'Antoine Sivan, le représentant français, murmure-t-on dans l'hôtel.

Et pour joindre l'utile à l'agréable, il convoite les nouvelles autorités pour décrocher l'immense contrat de la sécurisation de l'or noir, en concurrence avec d'autres, comme le britannique Titon International, ou le français Risk & Co, selon Pierre Martinet.

« Bouffer à tous les râteliers »

Les mercenaires et autres barbouzes profitent de l'immense champ libre laissé par la résolution 1973 de l'ONU qui exclue l'envoi de troupes terrestres sur le sol libyen. Les SMP (qataries, anglaises et françaises, principalement) sont venues en nombre proposer leurs services aux différentes institutions et draguer les nouvelles autorités du CNT, « histoire de bouffer à tous les râteliers et de décrocher le maximum de contrats », raconte sans complexe l'un d'eux.

Cela va de la protection rapprochée à la formation militaire pour une armée à ses débuts, inexpérimentée, en passant par l'apprentissage du maniement des armes – de la roquette Katioucha au missile Milan en un temps record – ou du juteux marché de la sécurisation des pipelines et terminaux pétroliers.

La présence des SMP relèvait du secret de Polichinelle. Arrivés avant le 17 février, les « chiens de guerre » sont venus renifler ardemment le terrain. On connaissait les déboires de la société française Secopex, avec l'assassinat de son patron, Pierre Marziani, abattu le 11 mai par des balles révolutionnaires, à un check-point, dans des conditions encore obscures.

Suspectés de jouer un double jeu avec le colonel Kadhafi, après plusieurs voyages effectués par le passé à Tripoli, ils ont dû repartir fissa après un interrogatoire musclé dans une « katiba » (groupe de combattants) de Benghazi où Antoine Sivan serait venu à la rescousse avant d'être accueilli en Egypte par le vice-consul de l'Etat français, selon Pierre Martinet, dans une interview au site Owni.

La Libye reste un très mauvais souvenir par cet ex-DGSE reconverti (on le connaît pour ses écoutes racontées dans son livre « Un agent de l'ombre », de Bruno Gaccio, pour le compte de Gilles Kaehlin, à l'époque responsable de la sécurité de Canal +).

Au Tibesti, ils étaient venus courtiser le CNT et les institutions, assuraient des « lifts » pour des journalistes, mais visiblement, d'autres ont pris la relève.

Désarmer la Libye libre

La déclaration de la libération de la Libye par le CNT, dimanche, avec la mort du dictateur, qui marquera la fin des opérations de l'Otan, ne mettra pas un terme à l'activité de ces « privés », bien au contraire.

Après huit mois de conflit, le pays est à reconstruire et le peuple doit être désarmé. Une mission délicate... Et le champ reste libre.

  • Source: Rue 89
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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 15:53

 

Pour la présentation de l'édition italienne de son livre, A Contre-flots (Grancher) à Rome, samedi 22 octobre (voir notre précédent post ici), Marine Le Pen a eu droit à une invitée de marque : Assunta Almirante, la veuve de Giorgio Almirante, leader historique (mort en 1988) du MSI, le plus important mouvement néofasciste italien de l'après-guerre.

Assise au premier rang lors de la présentation Mme Almirante, véritable icône à l'extrême droite italienne, a pris la parole pour rendre hommage à Marine Le Pen et dire sa « joie de la voir », sous le regard un tantinet gênée de l'intéressée. « Les Français peuvent l'aimer comme ils ont aimé son père [Jean-Marie Le Pen] », a notamment lancé Assunta Almirante, rappelant les voyages romains de M. Le Pen à Rome quand il rendait visite à son homologue transalpin.

STEVE WILKINSON / AFP

STEVE WILKINSON / AFP

Le voyage en Italie de Marine Le Pen a commencé jeudi soir, dans la région de Vérone, au Nord du pays. Le but : nouer des contacts politiques et économiques.

Un dîner avec des chefs d'entreprise

C'est Daniela Santaché, sous-secrétaire d'Etat à la « mise en œuvre du programme » du gouvernement Berlusconi, qui a servi de poisson-pilote à la candidate du Front national pour l'introduire auprès d'entrepreneurs italiens. La rencontre a eu lieu jeudi 20 octobre au soir à la très chic Villa Sigurtà, dans les environs de Vérone, où une « quarantaine de chefs d'entreprise », de tous les secteurs « médias, bâtiment, commerçants » selon Mme Le Pen, ont pu discuter des « thématiques économiques et assez peu de politique » avec elle et Mme Santanché.

La visite de Mme Le Pen à Vérone, vendredi matin, a été l'occasion de découvrir les contacts politiques que la présidente du parti d'extrême droite a noué en Italie. Lors de son précédent déplacement de l'autre côté des Alpes enmars, Marine Le Pen avait privilégié la Ligue du Nord, le parti xénophobe allié à M. Berlusconi. Cette fois, ce sont des membres de la Destra sociale, le parti du maire de Rome, Gianni Alemanno associé au Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi, qui ont accueilli Marine Le Pen.

Ces élus locaux ont tous commencé la politique au sein du MSI, et qui ont suivi Gianfranco Fini dans la transformation du MSI en Alliance nationale, formation de droite gouvernementale. Ils sont restés cepedant fidèles à Silvio Berlusconi quand Gianfranco Fini s'en séparait. Aujourd'hui, ils se définissent comme « l'aile droite » du PDL. Par ailleurs, Gianni Alemanno, par son passé d'activiste néo-fasciste est encore très respecté dans les milieux de l'extrême droite radicale italienne.

D'ailleurs, certains n'ont pas totalement abandonné leurs amours de jeunesse. Ainsi, Massimo Mariotti, le leader local de la Destra sociale, conseiller municipal de Vérone, estime que Marine Le Pen « a su dépasser son père sans le renier, comme nous l'avons fait », analyse-t-il en faisant référence à Giorgio Almirante. Ou encore Vittorio Di Dio, adjoint au maire chargé des travaux publics qui, sur la page d'accueil de son site Internet a mis en ligne une vidéo rendant hommage à Giorgio Almirante.

Mme Le Pen semble ainsi beaucoup plaire à certains pans de la droite Berluconienne. Celle-ci est en plein crise interne et sa désagrégation s'accentue à mesure que son leader s'empêtre dans les scandales judiciaires et de moeurs. En quête d'un modèle, des berlusconiens regardent du côté du Front national. Ainsi, samedi matin, à Rome, lors de la présentation du livre, Francesco Aracri membre de la direction nationale du PDL, le parti de Silvio Berlusconi, était présent et semblait partager nombre de points de vue - mis à part la sortie de l'euro - avec Marine Le Pen. Ce qu'il a d'ailleurs fait savoir en intervenant publiquement. Curieusement l'entourage de Marine Le Pen tenait à préciser à l'issue de cette rencontre que la candidate FN "était tombée dans un traquenard. Marine Le Pen devait être la seule personnalité politique", à Rome, l'occasion de la présentation de son livre.

Pour cette visite, Marine Le Pen est venue sans ses deux directeurs de campagne, ni aucun dirigeant du FN. Ludovic de Danne, chargé des affaires européennes et des relations avec la presse étrangère, était bien du voyage ainsi que Frédéric Chatillon. L'ancien leader du GUD – groupuscule étudiant d'extrême droite « musclée » - qui s'occupe aujourd'hui de la communication de Mme Le Pen, semble très impliqué dans les contacts italiens de la candidate, tout comme son collègue et ami Jildaz Mahé O'Chinal, présent lui aussi en Italie.

Vendredi soir, dans une salle de la Bourse de Milan, Marine Le Pen a retrouvé Daniela Santanché pour une table ronde. Une rencontre intitulée « L'Europe qui viendra, deux femmes pour l'Europe des nations », organisée par la fondation « Racines européennes »- inconnue jusqu'alors sur la scène politique italienne- et modérée par Vittorio Feltri, éditorialiste au sein d'Il Giornale, quotidien qui est la propriété du frère du Cavaliere.

AFP PHOTO / EMILIO ANDREOLI

AFP PHOTO / EMILIO ANDREOLI

Marine Le Pen le reconnaît, « il y a de nombreux points communs » entre elle et Mme Santanché. Mises à part la question de l'avortement où Mme Le Pen est plus libérale ou la peine de mort, combattue par Daniela Santaché, les deux femmes ont mis l'accent sur la condamnation de l'immigration et la défense de « notre civilisation ». Daniela Santanché, elle aussi issue de l'extrême droite, a jugé que « le mot de multiculturalisme doit être éliminé du vocabulaire » et qu'il faut admettre l'idée qu'il y a une « immigration compatible avec notre religion, notre culture » et une autre qui ne l'est pas.

"Un avenir d'identité"

Mme Le Pen a, elle, insisté sur son « rêve européen », très axé sur la notion de civilisation et d'identité européenne. Une vision qui semble très inspirée par l'idéologie du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne) think-tank élitiste, antidémocratique et ethno-différencialiste, qui défend aussi une vision « identitaire » de l'Europe. « La France est un pays dont la civilisation puise ses racines dans la Chrétienté, personne ne le conteste. Tout, notre vision de l'homme, notre calendrier, la manière dont noujs appréhendons le monde, les valeurs qui sont les nôtres est issu de cet héritage chrétien. Le nier est une absurdité », a notamment lancé Mme Le Pen.

« Il y a une autre Europe à construire. Une Europe des nations, une Europe des libertés mais aussi une Europe des protections des peuples, des défenses des identités, des intérêts bien compris des uns et des autres, a ajouté Marine Le Pen. (…) J'espère que je vais trouver en Italie, aussi, (…) des gens qui vont accepter avec moi de se mettre autour d'une table pour construire l'avenir de nos enfants, un avenir de prospérité, un avenir de sécurité, un avenir d'identité ».

Source: VISA

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 15:30

De notre envoyé spécial en Argentine

Maria-Eugenia Boumé a fait cinq cents kilomètres avec son fils de seize ans pour assister à Buenos Aires à la soirée de clôture de la campagne de Cristina Fernández de Kirchner, mercredi 19 octobre. Avec plusieurs milliers d'autres «kirchneristas»,elle se retrouve dans un parc du centre-ville de la capitale argentine au milieu des drapeaux, des banderoles et des tambours. Au cœur de la ferveur, surtout. Difficile de croire qu'il s'agit de «la campagne présidentielle la moins intéressante depuis la fin de la dictature», selon le jugement de la plupart des analystes politiques locaux. Tous les sondages, tous les observateurs le prédisent: Cristina, comme tout le monde appelle familièrement la présidente, devrait être réélue dimanche 23 octobre, au soir du premier tour, avec plus de 50% des suffrages.

 

Maria-Sol, une jeune militante pro-Cristina KirchnerMaria-Sol, une jeune militante pro-Cristina Kirchner© Thomas Cantaloube

 

 

Sur la Plaza Libertad, Maria-Eugenia sait que sa candidate est quasiment assurée de rester à la Casa Rosada pour un second mandat (et un troisième pour les Kirchner, puisque son mari Nestor exerça la magistrature suprême entre 2003 et 2007), mais cela ne diminue pas son enthousiasme. Elle n'est pas venue pour une démonstration de force ou pour rallier les indécis, elle a simplement parcouru 500 kilomètres pour témoigner de son attachement aux Kirchner et à leur politique: «Je n'aurais pas imaginé être ailleurs aujourd'hui. Nestor et Cristina ont fait renaître notre pays. Ils nous ont redonné du travail et de l'espoir.» Elle raconte que ses arrière-grands-parents ont immigré de France à une époque où l'Argentine évoquait l'eldorado d'une promesse de vie meilleure pour des centaines de milliers de pauvres européens. «Ensuite, tout n'a fait que se détériorer pendant des décennies: la politique, l'économie, les conditions de vie... Les immigrés et leurs enfants regrettaient l'Europe. Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis le début du XXe siècle, les conditions sont de nouveau bonnes pour nous les Argentins. Je suis heureuse que mon fils vive dans ce pays!»

 

Le discours de Maria-Eugenia est clairement emphatique, mais il est en phase avec celui des gens qui l'entourent. «Les Kirchner sont des révolutionnaires», assure Maria-Sol, une étudiante de 25 ans, elle aussi venue sur la Plaza Libertad pour la dernière soirée de campagne. «C'est le meilleur gouvernement que nous ayons eu depuis des décennies. Pour la première fois, les gens des classes moyennes et populaires sentent que les choses vont mieux et que l'on se préoccupe d'eux, et non plus seulement des riches.» Les indicateurs économiques et sociaux ne disent pas autre chose: les salaires réels ont augmenté, le chômage a baissé, l'endettement est réduit, la croissance oscille entre 8% et 9% depuis 2004 (à l'exception de 2009). Mais aussi: de nouveaux programmes sociaux ont vu le jour, le coût de l'énergie (subventionnée) reste bas, les militaires de la dictature se retrouvent devant les tribunaux, les oligopoles médiatiques sont en voie de démantèlement...

 

Et pourtant, la campagne présidentielle est ennuyeuse... Paradoxe? Pas vraiment. Quand un mythe est en construction, mieux vaut s'écarter. C'est exactement ce qui est en train de se passer en Argentine. Après Juan et Evita Perón, Nestor et Cristina Kirchner? Le raccourci est facile. Sans doute, mais il contient sa part de vérité.

«Dans l'imaginaire et les récits français de l'Argentine contemporaine, on observe souvent la description d'un pays qui se débat avec les démons de la dictature de 1976-83. C'est de moins en moins vrai, car les Argentins ont vécu un autre traumatisme auquel ils se réfèrent davantage aujourd'hui: celui de la crise de 2001-2002», assure un diplomate hexagonal en poste à Buenos Aires et qui, pour des raisons de discrétion, préfère rester anonyme. Cette crise, qui a vu près de la moitié de la population basculer dans la pauvreté, qui a provoqué des faillites en cascade puis qui, en raison de la dévaluation de la monnaie, a fait partir en fumée les économies de la bourgeoisie, est le prisme par lequel les Argentins observent leur histoire se dérouler.

 

L'homme que personne n'attend et sur lequel personne ne compte

Ces dix années de sortie de crise, ce sont également huit années de kirchnerisme. Un homme, puis sa femme, qui ont pris des mesures énergiques, envoyé paître les économistes libéraux, réinstauré des mesures de redistribution sociales dont s'était débarrassés leur prédécesseurs, puis ont acquis le statut de martyrs quand Nestor a succombé à une attaque cardiaque, à l'âge de soixante ans, en octobre 2010. «Le kirchnerisme, ce sont des décisions politiques symboliques, une rhétorique de gauche, et un contexte économique favorable», explique Pablo Stefanoni, chercheur indépendant et rédacteur en chef de la revue intellectuelle Nueva Sociedad.

 

 

“Merci pour tant de courage”, dit la revue Evita (Perón)“Merci pour tant de courage”, dit la revue Evita (Perón)© Thomas Cantaloube

Quand il accède à la présidence en 2003, Nestor Kirchner est un obscur gouverneur péroniste (voir onglet Prolonger) de la province de Santa Cruz, en Patagonie, c'est-à-dire aux marges de l'Argentine. Il est élu presque par défaut, dans un contexte où le mot d'ordre de la population est un «¡Que se vayan todos!» résolu («Qu'ils s'en aillent tous!»),et après une valse de présidents inefficaces (trois en trois ans et demi). Il est l'homme que personne n'attend et sur lequel personne ne compte. Mais c'est un politicien intelligent et pragmatique qui comprend une chose: autant qu'ils veulent sortir de la crise, les Argentins veulent être gouvernés. Pas avec poigne, mais de manière résolue. Kirchner impose son style qui, pour reprendre le titre de l'ouvrage que l'écrivaine Beatriz Sarlo lui a consacré, mélange «l'audace et le calcul». Sa première initiative est le défaut de paiement de la dette et sa renégociation (la plus importante de l'histoire récente). Cela déplaît fortement aux économistes libéraux (argentins et internationaux), mais Kirchner ne transige pas. Ensuite, il fait le ménage dans la Cour suprême, un bastion de conservatisme et de corruption. Enfin, il rouvre les procès pour violation des droits de l'homme contre les militaires qui ont participé à la dictature.

 

 

À ces décisions politiques s'ajoutent des gestes en faveur d'une meilleure intégration régionale, au moment où un vent de gauche souffle sur l'Amérique du Sud. L'Argentine cesse de regarder vers Paris, Rome, Londres ou Washington et se tourne vers ses compañerosque sont Chavez au Venezuela, Lula au Brésil, puis Morales en Bolivie ou Correa en Equateur. Enfin, et surtout, Buenos Aires bénéficie d'un «viento de cola» (vent arrière) économique. Sa production agricole (surtout le soja et le maïs) s'arrache sur les marchés mondiaux, au moment où le prix des matières premières augmente. C'est ce que les économistes appellent «la sojafication de l'économie argentine». Une manne financière qui permet de rembourser la dette (renégociée), d'équilibrer les comptes publics, et de lancer des programmes sociaux.

 

En 2007, Kirchner est déjà devenu très populaire et le pays redresse la tête, mais il annonce qu'il ne se représentera pas à la présidence de la République. À sa place, il propose... sa femme, Cristina Fernández, politicienne de longue date elle aussi. Sans surprise, elle est élue triomphalement, même si beaucoup d'Argentins admettent l'avoir soutenue sachant que son mari opérerait dans les coulisses. Une nouvelle phase s'ouvre dans ce que l'on commence à appeler le kirchnérisme, qui tente de prendre sa place dans le prolongement de ce monstre typiquement argentin qu'est le péronisme (voir onglet Prolonger). Mais cela ne se fait pas sans accroc. Car Cristina possède un style beaucoup moins souple que son époux.

Au printemps 2008, éclate la crise du «campo» (la campagne) au sujet d'une hausse projetée des taxes sur les produits agricoles à l'exportation. Les grands propriétaires se mobilisent et, pour la première fois dans l'histoire argentine, ils sont rejoints par les petits et moyens exploitants (qui, en fait, louent souvent leurs terres aux plus gros). Au lieu de négocier, Cristina va à l'affrontement et le pays se clive, sur fond de paralysie de l'économie et de blocage des routes. La crise dure plusieurs mois et, au bout du compte, le gouvernement doit jeter l'éponge. La popularité des Kirchner a plongé, mais quelque chose de curieux s'est produit. Les classes moyennes urbaines et intellectuelles ont rallié une présidente qu'ils regardaient jusqu'ici avec méfiance. Certains l'ont fait au nom d'un argument un peu spécieux, accusant les grands propriétaires de vouloir «destituer» le gouvernement, autrement dit de provoquer un coup d'État. Peu de monde voyait les propriétaires aller jusque-là, mais beaucoup d'Argentins se sont sentis menacés d'un retour en arrière.

Une forte adhésion des jeunes au kirchnérisme

Dans la foulée de cette «crise du campo», Cristina Kirchner s'attaque à un nouvel épouvantail: les médias. Extrêmement concentrés (la loi qui régit le pluralisme date de la dictature), ils sont en général plus conservateurs que le gouvernement, et critiques de la gestion des Kirchner. Dans ces deux batailles, les Kirchner se forgent une image de populistes de gauche qui séduit aussi bien les classes populaires que moyennes. Et c'est à ce moment précis que Nestor Kirchner, qui avait déjà eu des problèmes cardio-vasculaires, décède. Sa mort surprend le pays (qui s'attendait à ce qu'il revienne à la présidence en 2011 ou 2015, dans un arrangement avec sa femme du type Poutine-Medvedev), et propulse Cristina dans un rôle de «veuve courage». La dernière composante du kirchnérisme se met en place: c'est l'émotion. Nestor Kirchner devient tout simplement Nestor et l'idée qu'il est «mort pour son pays» commence à émerger.

 

 

Les affiches de campagne de Cristina Kirchner vantant “La force de l'amour”Les affiches de campagne de Cristina Kirchner vantant “La force de l'amour”© Thomas Cantaloube

 

 

 

 

Un an plus tard, c'est-à-dire à l'occasion de la campagne de réélection de Cristina, l'iconographie kirchnériste est presque too much. Ses affiches établissent un curieux mélange entre son sort personnel et celui du pays autour du thème de la force: une Argentine et une femme fortes, mais aussi une épouse et une nation fortes, qui doivent surmonter la mort de leur grand héros... Pour un certain nombre d'intellectuels de gauche qui ont rallié les Kirchner, cela rappelle un peu trop l'imagerie péroniste, sa culture autoritariste et son culte de la personnalité.

 

Mais cet élan kirchnériste rencontre une forte adhésion chez les jeunes. Cette tendance a émergé lors de l'enterrement de Nestor, et elle s'est prolongée au travers d'une organisation de jeunesse, La Campora (qui a pris le nom du président péroniste de gauche des années 1970, Hector Campora). Cette adhésion n'est pas feinte, comme on peut le constater en se rendant dans un local de l'association dans le quartier de San Telmo, à Buenos Aires. Au-delà de l'imagerie, qui n'est pas exempte d'ironie (comme le détournement d'une bande dessinée célèbre, l'Eternaute, où Nestor Kirchner prend la place du héros, un «voyageur de l'éternité» qui se bat contre les forces du mal), Rocher, Isabela, Hector ou Luisa sont convaincus de «l'exceptionnalité»du couple Kirchner. Sur le mur, cohabitent des photos de Nestor Kirchner et de Che Guevara... «Nous vivons dans un pays complètement différent d'il y a dix ans. Un pays transformé pour le meilleur par les Kirchner», affirme Rocher, un kiosquier. «Je n'ai que vingt-quatre ans mais je me souviens des années 1990 comme d'une époque très dure, où mes parents vivaient mal», raconte Luisa, qui finit ses études de commerce. «Aujourd'hui, il y a davantage de justice sociale et le gouvernement se préoccupe du peuple et plus seulement des puissants.» La Campora ne fait pas que militer pour Cristina, elle organise du soutien scolaire, des cours du soir, etc.

 

Ces affirmations sur une plus grande justice sociale reviennent sans arrêt dans la bouche de partisans des Kirchner, mais elles font débat au sein de la gauche non péroniste, qui est plus sceptique. «Le discours de l'opposition, de droite comme de gauche, qui consiste à dire que les choses vont mal, est ridicule, car les gens se rendent bien compte que leur vie s'est améliorée depuis dix ans. Mais cela ne veut pas dire que les Kirchner sont de grands réformateurs de gauche»,souligne Pablo Stefanoni. «Il est clair qu'il y a eu des politiques sociales et un effort de redistribution important, mais il n'y a pas eu de rattrapage en termes de distribution des richesses», affirme le politologue et universitaire Emilio Taddei, qui pointe qu'il reste beaucoup de pauvreté et un secteur du travail informel considérable (de 30% à 50% des emplois). La loi de l'Asignación Universal por Hijo (AUH), une somme d'argent versée mensuellement aux familles en difficulté pour leurs enfants, à condition que ceux-ci continuent d'être scolarisés, est applaudie à gauche, tout comme la nationalisation des fonds de pension. Mais cela ne fait pas pour autant des Kirchner de vaillants révolutionnaires, d'autant que ces idées venaient de la gauche. «Ils ont été très pragmatiques, mais ils n'ont pas remis en cause le système», poursuit Emilio Taddei. «Par exemple, pour sortir de la crise ou mener leur politique de "réindustrialisation nationale", ils ont eu recours à de très classiques subventions aux entreprises, qui ont profité majoritairement aux grands groupes multinationaux implantés en Argentine.»

 

Mais la plus grande critique adressée aux Kirchner est celle de la face obscure de leur modèle, fondé sur l'agrobusiness et l'exportation des matières premières. «Il est paradoxal qu'au moment où le gouvernement développe une rhétorique nationale-populaire, on revienne à un modèle colonial d'exploitation des richesses», note la sociologue Maristella Svampa, qui s'est penchée ces dernières années sur le «modèle extractiviste» mis en place en Argentine, mais aussi dans les autres pays «de gauche» en Amérique du Sud, du Brésil à la Bolivie. «Même si personne ne prévoit que les cours du soja et des matières premières vont s'effondrer, ce modèle est non seulement précaire, mais il cause des dégâts environnementaux et sociaux considérables: expropriations, négations des droits indigènes, pollution...»

 

Ces questions sur le long terme sont pour l'instant allègrement balayées sous le tapis par le gouvernement, qui répète à l'envi la maxime de Nestor Kirchner: «Nous sommes sortis de l'enfer et nous entrons au purgatoire.» Et c'est effectivement le sentiment d'une majorité d'Argentins, qui va voter non seulement pour Cristina Kirchner, mais aussi pour son époux décédé, et pour le mythe en pleine édification – tout comme le gigantesque mausolée à la gloire de Nestor, en voie d'achèvement dans sa ville d'origine, Rio Gallegos. Cristina a prévenu, lors d'un de ses derniers discours de campagne: «Il ne s'agit pas seulement de politique, mais d'une cause!» Reste désormais à savoir quel chemin elle va tracer dans les nouvelles années de présidence qui s'ouvrent devant elles. Des années où le mythe va être mis à l'épreuve. Epreuve de la réussite (quel pays peut maintenir pendant autant d'années une telle croissance?), mais aussi épreuve de la succession. Cristina ne pouvant se représenter dans quatre ans, qui viendra après elle?

  • Source: Médiapart
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Non au Front National !

Camarades ,

Ne nous livrons pas aux chants des sirènes fascistes, qui sous couvert d'un discours anti-systémique bien rôdé, ne visent qu'à instaurer un régime aux relents des années 30. Ne soyons pas naifs face à ce nouvel ordre moral que veulent imposer par le mensonge et la peur les tenants de la haine et du "sang pur". Sous couvert d'une fausse expression démocratique et médiatique, le FN ne s'est jamais détaché de ce qui a construit son origine : une droite populaire qui rejette le prolétaire, une droite chrétienne qui rejette le non-croyant ou l'autre croyant, une droite corporatiste qui rejette l'union des travailleurs. Le FN a ses petits groupuscules néo-nazi dont il se défend d'être en lien publiquement mais avec qui il travaille bien tranquillement  : GUD, bloc identitaire et autres "natios".

    Et lorsque l'on se penche sur son programme politique le vernis craque : Contre la retraite par répartition et tout ce qu' a fondé le CNR de 1945 (où était-il lors des manifs de 2010 ?)  , contre les droits des salariés ( poujadiste un jour, poujadiste toujours !) etc... 

De nombreux documents démontrent l'imposture du FN. L'UPAC vous en propose deux :

- Celui du collectif communiste Prométhée dans son numéro 85, (site net : http://promcomm.wordpress.com), 5 pages.

-Celui du collectif VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes), qui s'intitule "FN, le pire ennemi des salarié(e)s" et dont le lien est sur le blog, 29 pages. 

 

Ne lâchons rien ! 

Face au bras tendu du facho, levons le poing ferme du prolo !! 

 

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